LA RÉTROSPECTIVE DE L'ANNÉE 2020

Automne 2019,  Le bureau de notre association se réunit pour définir les projets de l’année 2020. 


Depuis quelques années, nos vies personnelles ou professionnelles nous ont emmenés vers de nouveaux horizons et rythmes quotidiens. Notre structure maintient son rythme d’au moins un projet de solidarité  par an, outre-atlantique. Une fois de plus, la passion nous rattrape, et nous avons à cœur de maintenir le lien avec l’Amérique Latine. Cette Amérique nous unit, nous, latinos, franchutes, sudakas, boliviens, colombiens, lillois, tous bénévoles d’une association dont les valeurs nous correspondent.


Peu importe nos histoires, nos passés ou nos aspirations, nous nous retrouvons depuis quelques années autour de ces objectifs que nous partageons, celui de faire valoir la voix des populations dont nous parlons très peu ici; celui de promouvoir ces nations et ces peuples, leurs cultures, leurs passé, leur présent et leur futur; celui de réconforter celles et ceux qui ont migré jusqu’en France en leur donnant l’opportunité d’évoquer leur famille, leurs amis, leur espoirs et leurs craintes.


Ce jour-là, nous décidons de proposer à Jero et à Radio Campus un rendez-vous radiophonique hebdomadaire, autour de thématiques qui nous tiennent à cœur. Parmi nous, personne n’a le même ressenti ou le même regard sur l’Amérique Latine, les pays qui la composent ou les injustices qui la détruisent. Aucun d’entre nous n’entretient la même résonance avec ce continent. C’est pourquoi nous décidons d’avoir une ligne éditoriale neutre, pour ne froisser aucune communauté, ni fausser le regard sur l’actualité.


Jero accepte et nous conseille sur le format et l’organisation, lui qui nous sollicitait depuis plusieurs années pour un projet comme celui-là. 

Nous sommes en janvier 2020 et nous enregistrons notre toute première émission, le premier épisode d’une série sur la Colombie et son histoire récente, les accords de paix signés entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC. 


Puis l’actualité nous rattrape. 

Alors que nous travaillons sur la structure et l’écriture de notre première série, nous apprenons que quelques semaines plus tôt, le gouvernement colombien a lancé une opération militaire dans le village de San Vicente del Caguan, dans le but d’arrêter un chef de la guérilla. Plusieurs enfants et adolescents mourront lors de cet assaut. 


Cette situation nous révolte et nous pousse à orienter les épisodes suivants vers la rupture au sein de société colombienne. En nous basant sur des archives et des témoignages, nous trouvons alors un axe nous permettant, sans jugement quelconque, de raconter le quotidien d’une population qui vit, encore, au rythme de la guerre malgré les éloges faites aux accords de paix par l’ensemble de la presse internationale.


S’en suivront alors une batterie de séries sur des thématiques et des sujets qui nous révolteront, des actes que nous souhaitons dénoncer ou des initiatives que nous souhaitons promouvoir et défendre. 

Car finalement, quel est notre point commun à toutes et tous ? Celui de connaître une Amérique Latine qui vit, qui tremble, qui lutte, qui se transforme tous les jours. Cette Amérique nous obsède, car nous croyons en ses rites, ses langues, ses combats, son histoire, sa diversité, et nous pleurons ses travers, ses clichés, ses situations dramatiques. 


Nous poursuivrons notre engagement à travers l’édition de séries radios sur de nombreux sujets variés : 

  • l’Amazonie, elle qui brûle en silence et dont l’industrie pétrolière aspire les veines pour assurer notre confort. 

  • les leaders emblématiques, mais aussi les journalistes, étudiants, militants, assassinés dans la plus grande impunité

  • les formes de féminismes, grâce à la précieuse investigation de deux étudiantes de l’Université de Lille qui souhaitaient évoquer les combats quotidiens de femmes dans plusieurs pays du continent

  • le football, et son ancrage culturel dans toutes les strates de la population. Lui qui soumet, enrage, rétablit la vérité dans des sociétés où, parfois, le jeu nourrit le peuple.

  • les guérillas, qui pour la plupart d’entre elles ont marqué le XXème siècle et l’histoire du continent, en forgeant le caractère de communautés en luttre

  • le zapatisme, et son modèle d’organisation en matière de justice, d’éducation, de santé 


Nous y avons passé de longues heures mais c’était très important pour nous.

Nous avons évoqué l’histoire de Berta Caceres au Honduras, le parcours de Marielle Franco au Brésil, la vie aux milles facettes de Diego Maradona en Argentine, l’engagement de Javier Vazquez au Mexique, la poésie du sous-Commandant Marcos au Chiapas, évoqué plusieurs fois Jose Pepe Mujica en Uruguay. Nous avons parlé de la défense des droits LGBTI, du projet montagne d’or en Guyane, de la cosmovision andine, du féminisme communautaire, de ce que cachaient les derbys enflammés de Lima ou Buenos Aires. Nous avons expliqué qui étaient les Tupamaros uruguayens, le Sentier Lumineux péruvien, ou pourquoi la Commandante Ramona avait enfilé un passe-montagne pour organiser la lutte des femmes paysannes du sud-est Mexicain.


Le contexte sanitaire nous y conduisant naturellement, nous avons interviewé des étudiantes latinoaméricaines confinées sur le Vieux Continent. Nous avons écouté, en tremblant, le  témoignage de Victor, colombien qui a fui son pays suite à des menaces récurrentes. Nous avons interviewé un jeune pompier volontaire qui a passé près de deux mois au milieu des feux en Bolivie, à tenter d’éteindre l’incendie que notre Humanité avait allumé. Nous avons écouté, avec force et conviction, les témoignages de ces jeunes femmes, Paulina, Alejandra, Valeria et Maria, qui luttent tous les jours pour défendre les droits de la femme en Bolivie et au Chili.


Nous sommes allés là où nous voulions aller, parfois à travers des immersions comme dans cette communauté des hauts plateaux Bolivie, ou au Pérou, dans la banlieue de Lima, toujours dans le but de tendre le micro. Nous ne nous considérons pas comme des porte-voix, au contraire. Chacun et chacune d’entre nous s’est en permanence interrogé sur sa légitimité pour  évoquer tel ou tel sujet. Impossible de réécrire l’histoire, et ce n’est pas notre volonté. Mais à nous de participer à la construction du lendemain, en lisant, écoutant, interrogeant, pour nous informer et pour vous le partager. 


Chaque mot, chaque archive, chaque piste utilisée cache une histoire ou est une référence. 


Et puis il y a ces sujets, que nous n’avons pas eu le temps d’évoquer pour l’instant : la crise sociale et politique au Chili, le désastre économique et humain au Venezuela, les caravanes de migrants, ou des sujets disons plus légers, comme l’approche culturelle autour de la Semaine Sainte.


C’est aujourd’hui que se clôture cette première année d’expérience radiophonique. Tout n’a pas été facile. Il a fallu dégager du temps, beaucoup de temps, nous organiser, lire, écrire, enregistrer, monter, publier, partager.. 

C’est grâce à l’engagement sans faille de Pao, Nathy, Emilio, Quentin, Aurélien, Naya, Jeanne, Lolo, Lina, Marine, Alex et bien sûr de Jero, de toute l’équipe de Radio Campus Lille que cette aventure aura été possible. C’est aussi grâce à vous, vous qui nous avez soutenu, conseillé, recadré, écouté. Vous qui vous êtes confiés, qui avez témoigné, expliqué, orienté, vous qui vous êtes battu et qui vous battez encore, vous qui espérez, chantez, riez, pleurez de voir cette Amérique Latine aussi vivante, en évolution ou parfois meurtrie.


Cette émission n’appartient à personne, si ce n’est à vous. 


Vous qui dormez le jour et vivez la nuit, vous qui travaillez, enseignez, cuisinez, vous qui rêvez, vous qui construisez, qui voyagez, qui partez pour mieux revenir, vous qui êtes ici, là-bas ou ailleurs, vous qui priez de voir une Amérique prendre son destin en main. 

Vous. Vous qui êtes persuadé qu’une nuit changera le monde, et que demain sera un autre jour, pour tout recommencer. 


Vous êtes une Nuit en Amérique Latine, vous êtes una Noche en Latinoamérica.

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