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#1 HISTOIRE ET ORGANISATION

Le 1er janvier 1994 l’ALENA l’accord de libre-échange nord américain entre le Canada, les États-Unis et le Mexique entre en vigueur. 

Au même moment, le visage caché sous les passe-montagnes, l’EZLN, l’Ejercito Zapatiste de Libération National où l’armée zapatistes de libération nationale occupe, armé, les bâtiments publics de plusieurs villes du Chipas, un état du sud du Mexique.

L’EZLN déclare la guerre au gouvernement fédéral au nom des indigènes, mais aussi de toutes les minorités.

 Il déclare la guerre pour rejeter le néolibéralisme et sortir du capitalisme, pour lutter contre les oppression et les discriminations et avec 11 revendications. 

Travail, terre, toit, alimentation, santé, éducation, indépendance, liberté, démocratie, justice de paix.


Après 12 jours de guerre, le gouvernement de  Salinas de Gortari déclare un cessez le feu, sous les pressions nationales et internationales. Comme vu la semaine dernière, deux ans plus tard, en 1996, le gouvernement et l’EZLN signe les accords du San Andres pourtant sur les « droits et cultures indigènes ». 

Mais en 2001 une réforme est approuvé par le Sénat, trahissant les accords de San Andres toujours inappliqués.

Cela marque un tournant dans la constructions zapatistes qui, déçu, se concentre sur leur propre autonomie.  

Aujourd’hui, les zapatistes sont présents sur la moitié du Chiapas, un territoire grand comme la Belgique. Il est non homogène puisque des non-zapatistes sont également présents. Ils ont leur propre système de santé, d’éducation, de justice et, bien sûr, de gouvernance. Le tout, sans argent en interne et, sans notion de salaire.

Voilà qu’ils sont.

C’est communautés, indigènes, qui ont été opprimés par le colonialisme, puis par le capitalisme.

Les dimensions cosmologique et territoriale sont fondamental dans ce mouvement. Avec la terre comment entité englobante à la base de tout, la « madré tiera » ou terre-mère. 

« La terre ne nous appartient pas, c’est nous qui appartenons à la terre » disent-ils. 

Ce rapport à la terre se ressent même jusqu’au nom du mouvement « zapatistes ». En effet, Emiliano Zapata voulait entre autre, redonner les « terrain bois et eaux, usurpés par les propriétaires, aux pueblos et citoyens ». 

Lors du soulèvement de 94, il récupère à ce titre à peu près 40 000 ha de terres, selon Jérôme Baschet historien français vivant au Chiapas.

Par-là ils créent des nouveaux villages et revivifient la paysannerie. 

Ils inventent un système fondé sur une possession et un usage collectif de la terre.

Cela en tête, le choix de la date du 1er janvier 1994 pour le soulèvement, date de mise en vigueur de l’alena, paraît évidente. Ces accords, signés par l’État mais imposés aux citoyens, allait mettre encore plus en danger la région déjà fragile du chipas, au profit d’un néolibéralisme acculturant et destructeur.

À la recherche de l’émancipation et de l’autonomie, les zapatistes ont avancés sans avoir de plan défini à l’avance, en sortant des logiques de l’État, et donc, en se gouvernant eux-mêmes. C’est ce qui fait leur force, puisque cela leur donne un fort pouvoir d’adaptation par l’autotransformation.

Peu à peu, l’organisation politique c’est formée en trois échelles :

  • les villages à peu près 1400

  • Les communes, une quarantaine

  • et les régions au nombre de cinq, appelées Caracoles ou Escargot, pour leur forme en spirale proche du processus Zapatiste et pour la lenteur voulu lors des prises de décisions. 

Tout part des villages, les communautés, puis est coordonnée par les autres instances. Chaque instance, village commune ou compte son assemblé et ses représentants élus. Au niveau du village, l’assemblé organise la gestion collective de tous les biens du village, aussi bien matériels comme les terres ou les sources qu’immatériels comme les rituels la justice ou l’enseignement. Tout le monde doit participer femmes, hommes, enfants. Après débat et consensus, des décisions sont prises.

Le travail collectif est pratiqué, pour entretenir les chemins où les bâtiments par exemple. L’usage des terres est lui aussi collectif, mais réparti entre les différentes familles avec un droit de regard de la communauté.

Les communes, ou municipalités, regroupe plusieurs dizaines voire une centaine de village. On peut y retrouver une assemblée communale et un conseil municipal. Ils sont le relai des décisions prises dans les communautés. Ils contrôlent, font des propositions, qui sont ensuite discutées dans la communauté.

Enfin, au niveau régional, se tiennent les conseils de bon gouvernement et l’assemblée régionale, qui se tient moins souvent. Les cinq conseils de bon gouvernement fédèrent et organisent les communes. Cette échelle de coordination a vu le jour en 2003 après l’échec des accords de San Andres.

Les responsables élus exercent des charges, ou cargos en espagnol. C’est par là un service rendu à la communauté, et les responsabilités sont lourdes. On ne se bat donc pas pour les exercer. De plus, les mandats son cours, au maximum de deux ans, non renouvelables et révocables à tout moment.

Les élus se positionnent toujours dans une posture de « non savoir » et donc consultent beaucoup. 

Afin d’éviter une dissociation trop importante, les élus reste parallèlement des membres ordinaires et participent aux tâches collectives.

Pour ceux du conseil de gouvernement, une rotation de charge est mise en place, avec plusieurs équipes qui se relaient tous les 15 jours environ, suivant le nombre d’équipes et qui, entre-temps retourne vivre normalement. Toutes les charges sont effectuées de manière collective, pour éviter la spécialisation et, bien sûr, l’exercice des cargos n’est pas rémunéré. Les communautés pourvoient aux besoins des membres si nécessaire. L’exercice du pouvoir n’est donc pas totalement horizontal, du fait de la représentativité au sein des conseils. Mais conscients de leurs failles et de celles du pouvoir c’est ce pourquoi ils ont mis en place de telles mesures.


Enfin, l’EZLN, l’armée, est aussi un pilier fondamental et inextricable de l’autonomie et de la survie du mouvement. Cela est contradictoire, et assumé comme tel, à l’idéologie de paix prônée. La faction politico-militaire a pour but de disparaître mais a encore aujourd’hui un rôle important dans les initiatives national et international. Cette composante verticale, hiérarchique est rapide et joue un rôle dissuasif nécessaire lorsque des paramilitaires envoyés par l’état vise des communautés autonomes. L’auto proclamé sous-commandant Marcos sous parce que dessus il y a le peuple porte parole emblématique du mouvement 1994 à 2014, A déclaré que l’objectif de l’EZLN n’est d’imposer, par le haut, sa vision de la société. L’objectif n’est pas de prendre le pouvoir mais de l’exercer.  

« Le peuple dirige, le gouvernement obéit ».

 
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#2 EDUCATION, SANTÉ ET JUSTICE

Afin de comprendre l’organisation de la vie Zapatistes au Chiapas, nous allons voir, dans ce deuxième épisode les trois thématiques et suivantes :

L’éducation, la santé et la justice.


Éducation


Au Chiapas, une grande partie de la population est illettrée ou ignorante, selon leurs propres termes. La moitié de ses occupants ne sait ni lire ni écrire. Hors, l’enjeu de l’éducation pour la lutte zapatistes est cruciale, afin de « former des bases sociales non pas pour conquérir le pouvoir mais pour qu’il soit dirigé par les travailleurs et paysans » selon le sous commandant Marcos.  

Les zapatistes ont donc créé un réseau de plus de 600 écoles comptant environ 1500 éducateurs. Ces éducateurs sont appelés promotores de éducation autonoma ou des promoteurs d’éducation autonome. Ils sont choisis par les assemblées et révocables. La plupart des enseignants ont des terres, toujours dans les une logique de non spécialisation, avec des tâches d’enseignants dans la communauté, les cargos. Ils n’ont bien sûr pas de salaire et leurs besoins sont pris en charge par la communauté en nature ou en se relayant pour travailler sur leurs terres ou celles de leur famille. Le système éducatif compte un primaire et un secondaire pour des enfants de cinq à 12 ans et des cours de l’après-midi ou du soir pour les adultes. Les étudiants apprennent à lire, à écrire et à compter en deux voir trois langues. Par l’éducation et l’alphabétisation bilingue des enfants et des adultes, ils renforcent le socle nécessaire à l’autonomie, en y véhiculant aussi l’idéologie de l’EZLN sur les libertés fondamentales ou les droits sociaux et culturels, tout en essayant d’échapper aux méthodes pédagogiques autoritaire ou sexiste. Mais comme toujours, ils se montrent critique envers leurs pratiques et sont en constante transformation, comme rappelé lors d’un rassemblement ; 

«  Tout n’est pas bon dans notre culture, mais nous voyons qu’il faut garder le meilleur et l’associer avec le meilleur des autres cultures, et ainsi apprendre du monde entier. [...]».

L’absence de salaire, le fait que les éducateurs soient évalués et choisis par la communauté et qu’il reste des membres ordinaires contribue à limiter le processus de différenciation social.



Santé 


Comme pour d’autres thématiques les soins médicaux dans les communautés indigènes étaient gérés de manière catastrophique par les autorités gouvernementales mexicaine. Pénurie de matériel et de moyens de transport, perte des connaissances médicales traditionnelles, dépendance à l’aide étrangère ou encore obstacles à l’éducation sexuelle ont été des sujets traités par les cinq conseils de bon gouvernement. Les zapatistes ont donc créé leur propre système de santé avec l’aide solidaire d’organisations nationales et internationales. Mais,bien sur, sans celle du gouvernement.

Comme pour l’éducation, il existe des promotores ou promoteurs de santé qui ne reçoivent aucun salaire et l’accès aux soins est gratuit pour les zapatistes. Les non zapatistes paye uniquement le prix des médicaments, mais beaucoup préfère quand même s’y faire soigner. Les caracoles, l’échelle régionale de coordination, géré par les conseils de bon gouvernement compte chacun leur clinique, les communes leurs micros cliniques et les villages, les promotores, pour rapprocher le plus possible les soignants du patient. Chaque caracole possède en son centre une structure plus importante pouvant accueillir des hospitalisations. On peut y trouver des cabinets dentaires, des laboratoires d’analyses ou d’optique, ou encore des services de gynécologie. Il y a même un espace entièrement dédié aux femmes. Dans la volonté de conserver le savoir des anciens, les plantes y ont une place importante. Si elles ne suffisent pas, alors des médicaments génériques sont prescrits. Ils n’envoient leurs patients dans les cliniques gouvernementales qu’en ultime recours. 

Les promoteurs de santé au sein des communautés mettent surtout l’accent sur la médecine préventive. Par là, la santé s’améliore sans avoir besoin de recourir à des soins. 


Enfin, afin de s’équiper, les zapatistes, doivent commercer avec l’extérieure. La rémunération acquise par le travail collectif effectué sur les terrains récupérés en 94, et la vente de ces produits à des non zapatiste va servir à acheter du matériel et des médicaments.


Justice 


Deux formes d’organisation judiciaire coexistent en parallèle puisqu’il y a sur le même territoire des zapatistes et des non-zapatistes.

L’autorité zapatistes s’exerce au trois niveaux : La communauté la municipalité ou la région,avec toujours l’accent mis le plus possible sur la communauté dans un premier temps. À cette échelle les problématiques sont traités par un agent municipal élu comme représentant ou alors par l’assemblée communautaire. 

Il y a plusieurs cas dans lequel le changement de niveau apparaît :

–en cas de récidive

–si la communauté n’a pas réussi à résoudre le problème

–dans un cas très grave

–dans le cas où plusieurs communautés ou communes sont touchées.

–Si des non zapatistes, notamment hostiles, sont concernés, alors le cas est traité directement par les conseils de bon gouvernement

Le principal problème auquel ils doivent faire face est le nombre de non zapatiste faisant appel à leur service. Grave notamment à l’absence de corruption et à une meilleure compréhension des spécificités territoriales et culturelles. 


Le système de justice est basé sur la médiation. On réunit les parties et on écoute tout le monde, puis une enquête réalisée si nécessaire.

L’enjeu est de favoriser un accord entre les parties concernées et de viser la réconciliation.


Concernant les peines, les zapatistes critiquent radicalement la prison. Selon eux en mettant quelqu’un en prison, on crée un problème de plus. Il y a bien une petite salle pour un enfermement de quelques jours si la personne est dangereuse, en état débriété, ou pendant les enquêtes mais c’est tout. On cherche donc la réparation soit par la restitution, soit par la compensation mais non financière donc en nature ou au travail, soit par le travail communautaire. Les zapatistes cherche toujours la non spécialisation dans l’exercice de la justice, et elle peut être rendue par tout un chacun, sans codification écrit et de manière simple. Il y a des instances bien sur, dotée de l’autorité et de la légitimité, mais ce n’est pas institutionnalisé. Les erreurs et problèmes sont replacés dans le cours de la vie collective. 

L’expérience zapatiste est bien sûr  inapplicable, de la même manière, partout. Elle est fortement liée à l’histoire particulière du pays, à la région et à la culture, au sens large, et à ses habitants. Ce système n’est pas parfait, et a encore bien des failles, les zapatistes ont l’honnêteté et la volonté de le reconnaître et d’en discuter. 

Mais il donne l’exemple d’un autre mode d’organisation, qui se veut libertaire, démocratique, révolutionnaire, identitaire, écologiste, féministe, anticapitaliste.

Il permet d’élargir nos œillères, de revivifier l’imaginaire, et de donner du relief à un horizon trop souvent uniforme. 

 
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#3 PARA TODOS TODO

Cet épisode clôture cette série sur le zapatisme et nous emmène dans l’atmosphère révolutionnaire du mouvement, à travers quelques discours historiques et poétiques prononcés par le Sous-Commandant Marcos et la Commandante Ramona, deux figures emblématiques de la révolution. Fermez les yeux et laissez-vous porter par leurs discours et leurs témoignages.

 

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