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#1 LE SENTIER LUMINEUX

Prendre la décision d'émigrer dans un autre pays peut être lié à plusieurs raisons: on veut apprendre une langue, vivre une expérience multiculturelle, chercher un avenir meilleur ou échapper à la terrible violence vécue dans un pays. Dans mon cas, j'ai vécu en Colombie, j’ai un diplôme professionnel, mais mon pays ne pouvait pas m'offrir le meilleur pour mon avenir, j'ai donc décidé de partir et de prendre le risque de ce que cela implique la vie à l'étranger. Après avoir vécu 8 ans à l'étranger je deviens plus sensible à ce qui se passe dans mon pays, quand j’y étais, je vivais dans une sorte de bulle où la corruption, la violation des droits de l'homme, l’oppression, le massacre des indigènes, des enseignants, des étudiants, des personnes humbles, des leaders sociaux se manifestent chaque jour. C'est comme si je m’y étais habituée, comme si cela devenait normal et malheureusement acceptable.


Je commence donc à analyser mon pays de l'extérieur, je le compare avec le pays dans lequel j’habite maintenant, je me rends compte que la liberté d'expression est un droit et pas une option, que chacun a le droit d'avoir ce que l'autre a, j'ai compris que les inégalités et les différences sociales génèrent la pauvreté, la violence et le danger, j'ai compris que ces inégalités ne devraient pas être normales ou acceptées dans mon pays, j'ai compris que tuer des innocents; que mentir aux citoyens du peuple ce n’était pas normal, j’ai compris que cela ne devrait pas continuer à se reproduire. 

Mon peuple colombien souffre chaque jour et verse le sang de ses citoyens innocents fatigués de tant d’injustice et d'oppression, des corrompus qui dirigent le gouvernement, qui abusent du pouvoir, qui ne respectent pas la vie, la dignité humaine et qui jouent avec la douleur du peuple. J'ai commencé à voir les manifestations des étudiants, des indigènes de tout le pays, des professeurs d'écoles publiques et privées, des acteurs de théâtre, des écoles d’art qui marchaient pour la vie, pour un monde meilleur. 

C’est depuis l'étranger que j’ai compris que mon peuple n’en peut plus et qu'il est fatigué. Je commence à regarder l'histoire de mon pays, des pays d'Amérique latine et je me suis rendue compte que les groupes armés ont été créés par ce même sentiment de harcèlement, de fatigue et de désespoir pour trouver une solution, pour arrêter cette classe de droite, les oligarques qui ont fait du peuple latino-américain ce qu'ils ont voulu et qui continuent aujourd’hui.


Moi, j’ai grandi comme n'importe quelle fille qui jouait avec des poupées. Peu de temps après, j'ai commencé à jouer au basket, au football, ignorant qu'à cette époque dans les années 80 et encore les années précédentes, mon pays et toute l'Amérique latine vivaient un moment désastreux, qui envahissent mes compatriotes avec de la peur, des larmes, des massacres et de la dépossession des terres. A cette époque, j'étais petite, je ne réalisais pas l'environnement dans lequel je grandissais. 


Les années ont passé et j'ai décidé de m’installer à l'étranger et c'est à ce moment-là que ma pensée a pris un virage à 180 degrés, j'ai commencé à découvrir des personnages qui tout au long de ma vie m'ont inculqué qu'ils étaient mauvais et ne voulaient que le mal pour mon pays, qui ne pensaient qu'à détruire, à obtenir le pouvoir et qu'ils étaient le problème, le cancer de l'Amérique latine, j’ai commencé à découvrir que ce n'est peut-être pas comme ça, qu’il y a des raisons pour qu’une population pauvre commence une révolution. Moi, je commence à les percevoir avec un autre regard, je commence à analyser leurs discours et à comprendre pourquoi ces groupes de guérillas latino-américaines sont nées ...


L'Amérique latine est une région qui a vécu et dans certaines régions vit encore des périodes de confrontation les plus violentes de l'histoire. La présence de différents types de groupes armés en raison de démocraties faibles, corrompues et mal mises en œuvre a provoqué de longues périodes d'insécurité et de violence dans plusieurs pays de l’Amérique Latine.

La démocratie doit être fondée exclusivement sur des élections libres et transparentes avec une organisation efficace et équitable du pouvoir de manière à ce que la population et les droits de l'homme soient respectés. Cependant, les conditions réelles d'élections libres ou la volonté des gouvernements de protéger leurs citoyens et leurs droits ne sont pas toujours prises en compte dans cette partie du monde. Le manque de capacités de l'État pour couvrir les besoins essentiels d'une grande partie de la population et gérer efficacement les conflits sociaux favorise l'émergence de groupes criminels organisés, les conflits armés, le trafic de drogue, la corruption et davantage de pauvreté. Je vous invite à découvrir dans cette série des 5 guerrillas les plus importantes de l’Amérique latine, un peu de leur histoire et pourquoi elles sont apparues…

Le Parti communiste du Pérou, connu sous le nom de Sendero Luminoso est une organisation subversive et terroriste qui, en mai 1980, a déclenché un conflit armé contre l'État et la société péruvienne. Parti péruvien d'idéologie marxiste fondé par Abimael Guzmán, connu sous le pseudonyme de «président Gonzalo», au Pérou en 1969. La confrontation entre la formation du président Gonzalo et le gouvernement péruvien peut être décrite comme une authentique guerre civile. 

Ce groupe est né le 21 juin 1969, ces principaux personnages étaient des dirigeants importants du Front pour la défense du peuple d'Ayacucho, des professeurs de l'Université de Huamanga, dont Abimael Guzman, qui deviendra quelques mois plus tard le chef principal du Sendero luminoso

Le Pérou à cette époque connaissait l'euphorie des premiers mois du gouvernement des Forces Armées dirigé par le général Juan Velasco, de la nationalisation du pétrole et de la menace de représailles nord-américaines, la loi de la réforme agraire s'est annoncée radicale et décisive. La fureur des paysans et des citoyens est née, en plus de la crise économique à Ayacucho et Huanta, elle a été l'aboutissement de plusieurs semaines de mobilisations au cours desquelles les étudiants ont rejoint les paysans, leur objectif était la restitution complète de la gratuité de l'éducation, le soulèvement massif de la lutte pour la terre, en plus du rôle de l'éducation comme canal de mobilité sociale dans les Andes péruviennes.

La pauvreté, associée à l’oppression du servage, à la discrimination ethnique et à l’exploitation des propriétaires terriens, a conduit une grande partie de la population à émigrer et ceux qui sont restés dans la région ont vécu dans de très mauvaises conditions. Tous ces facteurs, associés au développement de l'éducation et à la réouverture de l'Université d'Ayacucho, ont créé un cadre idéal pour l'émergence de différents groupes politiques qui finiraient par se radicaliser dans le Sendero Luminoso.


Les massacres ont laissé plus de 26 000 morts, 4 000 disparus et 50 000 orphelins (chiffres fin 2002). Les chiffres de la commission Vérité et Réconciliation, créée par le gouvernement dans les années 1990, a relevé que 54 % des victimes faisaient partie du Sendero Luminoso et 46 % de l'armée péruvienne. Parmi eux, 80 % d'hommes, dont 66 % ayant entre 20 et 49 ans. 56 % étaient des paysans andins, analphabètes à 68 % et de langue Quechua pour les trois quarts d'entre eux.

Une étude universitaire parue en 2019 conteste les chiffres de la commission Vérité et Réconciliation. Selon elle, le conflit aurait fait 48 000 victimes, dont une majorité provoquée par les opérations de l'armée péruvienne et de ses auxiliaires.


Les forces armées et les comités d'autodéfense aient réussi à expulser le Sendero Luminoso de leurs zones d'influence, capturer son premier chef, diviser et ainsi réduire le groupe et enfin mettre fin aux actes terroristes


Alberto Fujimori, ancien président de la République du Pérou de 1990 à 2000.a répandu une propagande pendant des années pour couvrir les violations des droits de l'homme par les forces armées, la Commission vérité et réconciliation a été créée pour dénoncer de tels événements et faire naître la vérité . La vérité de tout cela, ce sont les exécutions extrajudiciaires en décembre 1984, lorsque les militaires ont fait croire aux paysans qu'ils allaient les protéger et les aider. Ils les ont obligés à creuser une piscine, prétendant que ce serait une ferme piscicole pour développer leur économie, mais ils les ont ensuite obligés à s'arrêter devant la piscine et les ont assassinés et enterrés dedans. De tels actes n'ont aucune justification judiciaire et ont été commis car ils soupçonnaient ces paysans d’avoir des liens avec les senderistas, les militaires l'ont fait pour voler leur bétail et le vendre.


Enfin, bien que le rapport final de la Commission vérité et réconciliation ait été publié en 2003 et vise à présenter une véritable histoire officielle qui s'oppose à celle créée de toutes par Alberto Fujimori, toute la vérité n'a pas été révélée et aujourd’hui encore, de nombreux Péruviens attendent toujours des explications sur leurs proches décédés ou disparus.

 
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#2 LES GUÉRILLAS ZAPATISTES ET SANDINISTES

La révolution Zapatiste

Bien que L'armée Zapatiste ait fait son apparition publique le 1er janvier 1994, elle est en fait née en 1983, lorsque le premier camp de guérilla a été créé dans la jungle de Lacandon, au Chiapas. Son nom est en l'honneur du héros et figure de la révolution mexicaine, Emiliano Zapata symbole de la résistance paysanne assassiné en 1919.

Cette révolution est apparue en 1994 dans la région mexicaine du Chiapas comme une forme de lutte contre le libéralisme mexicain, qui avait été intégrée dans l'accord ALENA (accord de libre-échange nord-américain) avec la défense de l'indigénisme, c'est-à-dire la lutte pour la population originaire du Mexique et leurs droits.

Il y a trente ans, les droits des agriculteurs autochtones et paysans étaient défendus par les mots et les armes de l'Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), qui a bravement fait face à un État mexicain répressif et dictatorial qui ignorait les besoins des minorités ethniques. Ils ont appelé à la démocratie, à la liberté, à la justice et à des améliorations pour les peuples autochtones et paysans du Chiapas, au logement, à l’éducation, à la santé et à l’emploi.

Une réalité qui n'a pas du tout changé aujourd'hui.

Le 16 février 1994, les premières conversations ont commencé entre l'armée zapatiste et le gouvernement fédéral, qui se sont terminées par la signature en 1996 des accords de San Andrés sur «le droit et la culture autochtones», qui engageaient l'État à reconnaître constitutionnellement les peuples indigènes et qu’ils puissent bénéficier d’une autonomie.

Les dialogues ont également abouti à la création du Congrès national autochtone (CNI) en octobre 1996.

Son objectif était de rejeter le système politique néolibéral mexicain avec ses promesses de modernisation, qui maintenait la communauté indigène et paysanne dans l'oubli, ainsi que d'établir une démocratie participative. L'armée zapatiste a exigé la revendication de la propriété des terres prises aux communautés indigènes, une meilleure répartition des richesses et la participation des différents groupes ethniques tant dans l'organisation de leur État (Chiapas) ainsi que du pays. Aujourd'hui, le sous-commandant Marcos a annoncé sa disparition - mais pas son retrait total. Il l'a soutenu comme la fin d'une étape et le début d'une nouvelle dans la lutte zapatiste. C’est le cas, par exemple de son soutien aux jeunes étudiants disparus d'Ayotzinapa.

Depuis l'émergence publique de l'armée zapatiste, il y a eu ceux qui, de différents fronts, ont cherché à disqualifier ou à minimiser le poids indigène de l'organisation. L'existence d'un chef métis, le sous-commandant Marcos, a conduit beaucoup à insister sur le fait que la direction de l'armée zapatiste est composée de métis urbains, et même d'étrangers, qui ont manipulé un groupe d'indigènes isolés, ignorants et extrêmement pauvres pour diriger leur propre programme. Ces thèses, en plus de mépriser les peuples autochtones, ignorent le fait que bien avant l'arrivée au Chiapas des fondateurs de l'armée zapatiste, les populations autochtones de la Selva et de Los Altos avaient été des protagonistes de mouvements sociaux et avaient un haut degré d'organisation politique.


Le groupe armé, qui s'est installé dans la jungle, s'est retrouvé avec une société indigène politisée avec une expérience de mobilisation sociale qui avait cherché de différentes manières à s'organiser pour résoudre ses problèmes.

Aujourd'hui, le Mexique connaît une conjoncture politico-sociale avec l'arrivée d'un gouvernement qui dit faire partie de gauche dans lequel de nombreux Mexicains ont l'espoir d'un changement. Dès leur premier jour en fonction, ils ont montré certains symboles qui indiquaient une politique différente pour les peuples autochtones, mais au fil des premiers mois d'administration, diverses voix se sont élevées pour dénoncer le manque de respect de l'autonomie et de l'autodétermination du peuple qui se voient imposer à grands intérêts économiques tels que les centrales hydroélectriques, les parcs éoliens, le train maya et le corridor transisthmique. L’une de ces voix est celle de l'armée zapatiste, qui a commencé il y a des années la lutte pour son autonomie.


Et pour Don Joaquin il était difficile de parcourir ces terres «récupérées» qui, avant le soulèvement de 94, appartenaient aux agriculteurs qui, avec la complicité des autorités locales, étatiques et fédérales, soumettaient les véritables propriétaires du territoire.

Pour Don Joaquín, qui a vécu sous ce joug pendant plus de 40 ans et qui a vu ses parents mourir sans avoir vu la liberté, cette étape a représenté des années de maltraitance, d'abus et d'esclavage, un mode de vie très éloigné de la réalité qu'il vit aujourd’hui avec sa famille. C'était difficile de traverser la «Casa Grande» du fermier et marcher sur la terre où des peuples autochtones qui n’obéissaient pas aux ordres ont été tués. Après le soulèvement, cette maison a été transformée en dispensaire.

Dire que le mouvement zapatiste n'a rien changé est faux: tout d'abord, il a changé la vie de Don Joaquín et Doña Albina, la vie de leurs enfants et petits-enfants, ainsi que celle de milliers de personnes qui habitent cette région. Ce nouvel éveil des gens de cette communauté a créé des liens communautaires qui leur permettent de profiter de la vie d'une manière qui, il y a deux décennies, semblait très lointaine. Maintenant, vous respirez des airs de liberté et pour cette raison, le mouvement en valait la peine!


La revolución Sandiniste ​


La révolution sandiniste de 1979 tire son nom du mouvement de guérilla qui a mené la lutte armée contre le gouvernement de l'époque. Le Front de libération nationale sandiniste a pris son nom d'Augusto C. Sandino, un leader révolutionnaire, qui a combattu le régime des États-Unis au Nicaragua.


Les histoires d'horreur au Nicaragua commencent dans l'armée et se terminent par la lutte armée. La dynastie Somoza a commencé avec le père, Anastasio Somoza García, le fils d'un sénateur et propriétaire foncier qui en 1932 a pris la direction de la Garde nationale nicaraguayenne. Il est arrivé au pouvoir en assassinant Augusto César Sandino, qui était dans l'armée pour la défense de la souveraineté nationale du Nicaragua, en prenant le contrôle total pendant les 42 années suivantes, car après tout, ils avaient la protection des États-Unis.


Une des erreurs que Somoza a commis c'était le meurtre du journaliste Bill Stewart par la Garde nationale, le 20 juin 1979. Bien évidemment Washington retire son soutien, le Front sandiniste commence à se développer et Somoza a fini par fuir le pays. 


Au niveau national, l'idéologie de Sandino était basée sur le constitutionnalisme, l'autonomie et un nationalisme populaire et armé. Le premier était présenté comme une garantie de l'État contre les interventions étrangères qui interféraient avec la souveraineté nicaraguayenne. D'autre part, l'autonomisme offrait un cadre politique axé sur le maintien de l'autonomie nationale.


Enfin et en ce sens, le leader révolutionnaire a défendu un nationalisme populaire, reflété dans les concepts de nation, de peuple et de justice sociale.

Cette idéologie a également encadré la solidarité hispano-américaine face aux agressions impérialistes des États-Unis. Sandino a élaboré, en gros, un projet basé sur la récupération des richesses et des ressources naturelles et la coopération de la terre en faveur des paysans.


Parmi ses objectifs figurent la mise en place d'un gouvernement révolutionnaire (qui permet la participation de tout le peuple nicaraguayen et garantir à tous les citoyens le plein exercice de toutes leurs libertés individuelles, l’expropriation et nationalisation des terres et des biens entre les mains de la famille Somoza et les Nord-Américains). De plus, une révolution agraire (qui rend les droits fonciers aux paysans), une révolution éducative (des campagnes massives d'alphabétisation, l'obtention d'une éducation gratuite et la création de bourses d’études) et fin à une révolution ouvrière (la création d'une législation du travail appropriée et un système de sécurité sociale universel).


De 1979 à 1990, des nombreuses mesures politiques, économiques et sociales ont été promues au profit d'une grande partie de la population. Au cours de cette même période, les Nord-Américains ont tenté de changer le gouvernement du pays. Sous la présidence du gouvernement de Donald Reagan et par l'intermédiaire de la (CIA) l’agence centrale de renseignement, les États-Unis ont financé des groupes d'insurgés au Nicaragua connus sous le nom de «contras» pour mener une guérilla contre le gouvernement sandiniste. 

La pression exercée par les États-Unis, la perception de l'échec du modèle sandiniste dans la sphère économique et un mécontentement social généralisé ont fait que, en 1990, les sandinistes ont perdu les élections générales au profit de l'Union de l'opposition nationale cependant ils les ont remportées en 1984.


La victoire du leader omniprésent du FSLN Daniel Ortega aux élections de 2006 a produit une restauration de la gratuité de l’éducation, des soins de santé et un retour à certaines des politiques initiées par le FSLN après la victoire de la révolution. Cependant aujourd'hui; il y a de nombreuses critiques pour la gestion de certaines grèves ouvrières et pour l'approbation d'un nouveau code pénal qui criminalise tous les types d'avortements, y compris ceux pratiqués pour sauver la vie de la mère.

D'ici là, en 2017, sa femme, Rosario Murillo, est devenue vice-présidente, Ortega a décidé de réformer le système de sécurité sociale et, en conséquence, une série de protestations a éclaté qui a conduit à la demande de la fin de son mandat. Selon des ONG, les mobilisations ont laissé 325 morts et des centaines de «prisonniers politiques» au milieu de la répression brutale que le président a lancée contre les manifestants.

 
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#3 LES TUPAMAROS EN URUGUAY

L'Uruguay, pendant longtemps, a été considérée comme la "Suisse d'Amérique".


C'était un pays de moins de 3 millions d'habitants, avec une population composée majoritairement de descendants d'immigrés européens. L'économie de l'Uruguay est principalement fondée sur l’agriculture. Il n'y a pas de minéraux, du moins en quantité exploitable, il n'y a pas de pétrole, donc la seule source de richesse est la terre et le principal poste économique est le bétail. Mais à partir de 1930, il a stagné et il ne serait possible de sortir qu'avec un changement très profond du mode productif. Étant donné que la redistribution des revenus de l'élevage est ce qui a soutenu l'activité économique du pays, une réduction aussi drastique du revenu relatif a eu de graves conséquences à long terme.

La classe ouvrière, qui s'était développée et renforcée avec le développement industriel relatif, s'est alors lancée contre la résistance des mesures restrictives sur les salaires, défendant le pouvoir d'achat acquis en années de lutte. En même temps, elle lutte pour s'organiser et pour des meilleurs conditions de salaire, les classes dirigeantes du pays ont accusé les travailleurs organisés d'être responsables de l'inflation, en raison des augmentations de salaire qu'ils réclamaient.

Dans ce contexte économique et social, au début des années 1960, les travailleurs de la canne à sucre se sont organisés dans le nord du pays, qui travaillaient et vivaient dans des conditions sous-humaines. Ils ont organisé des marches dans tout le pays, traversant les villes. Ils ont d'abord soulevé le respect des lois qui existaient pour les travailleurs ruraux, qui étaient d'ailleurs de mauvaises lois. Ils ont reçu le soutien de solidarité de nombreuses personnes. Un groupe de militants de partis de gauche, de syndicats et de militants indépendants, a décidé de soutenir résolument les camarades de la canne à sucre. Dans le processus de travail de solidarité, une série d'observations a été faite. L'une d'elles, et très importante, était que le gouvernement, face aux demandes des personnes qui voulaient travailler, a répondu par une répression sévère, en revanche, la répression contre les travailleurs s'est généralisée.

Des gangs fascistes ont commencé à s'organiser, des attaques ont été lancées contre les locaux de partis politiques de gauche, des gens ont été attaqués, dans certains cas, ils avaient été tatoués avec des croix gammées nazies. L'Université de la République a même été attaquée par des bandes fascistes avec la complicité du chef de la police de Montevideo. Dans l'environnement politique, l'éventualité d'un coup d'État militaire était envisagée, au point que la seule centrale syndicale, la Convention nationale des travailleurs (CNT), approuvait en 1964 un plan de résistance au coup d'État.

Le soutien militant au mouvement des travailleurs de la canne à sucre a été regroupé dans un organe appelé Coordinateur. Face au climat de violence, aux violations de lois répétées des gangs fascistes avec la complicité policière à plusieurs reprises et même aux violations de la police elle-même, les militants du Coordinateur ont agit, même en ne respectant pas les lois en vigueur, et si nécessaire, en utilisant des procédures même violentes.

C'est en 1996, que face à tant d'adversité, d'injustice et de violation des droits de l'homme, une première convention d’une quarantaine de personnes est créée, et le mouvement de libération nationale Tupamaros émerge comme organisation politique, il faut attendre juin 1967 pour qu'il élabore le premier document définissant de façon relativement claire ses activités. 

Eleuterio Fernández Huidobro, connu comme «El Ñato», est un ex-dirigeant des Tupamaros, il était aussi un sénateur, journaliste, et écrivain uruguayen Il nous raconte comme il a commencé sa vie en tant que guérillero :

"Je ne pense pas que ni moi ni mes camarades qui avons fondé le MLN n'étions spéciaux ou différents de n’importe quel jeune. Nous étions normaux et disons qu'en ce qui me concerne, je suis tombé sur les Tuparamos par hasard, j'avais d'autres projets, d'autres projets pour ma vie, je n'ai jamais pensé ni être dans une guérilla, ni me consacrer à la politique mais je crois qu’un philosophe a dit un jour qu’il y a les hommes et il y  les circonstances. Ici, il y a eu des circonstances, des circonstances politiques et économiques, sociales et morales qui ont fait que ce pays a cessé d'être ce qu'il était et est entré dans une crise généralisée comme toute l'Amérique latine. Cette jeunesse qui avait d’autres projets de vie a du se dédié à cette crise et furent les produits de ces circonstances."


Cependant, le mouvement a subi un affaiblissement sans précédent et ce alors qu'une dictature civilo-militaire se met en place en Uruguay à partir de 1973 et jusqu'en 1985. Certains de ses membre sont enlevés et emprisonnés plusieurs années. Ils subissent la torture, la sous nutrition et les espoirs de liberté anéantis. Malgré cela, ils communiquent entre eux au sein de la prison par des coups et égratignures aux murs de leur cellule.


À l'extérieur de la prison, une action intense a été menée par le gouvernement, avec le soutien du Parlement, il a décrété l'état de guerre intérieure. La police, l'armée, la marine et l'armée de l'air se sont associées à la répression et ont appliqué la torture généralisée comme moyen d'obtenir des informations.

La plupart des dirigeants des différents niveaux ont été arrêtés ou tués, et immédiatement après la défaite, la dictature militaire a été établie, qui a anéanti tout le mouvement populaire, les partis politiques de gauche, les syndicats, etc.


Sous la pression populaire, le nouveau Parlement a approuvé une loi d'amnistie, par laquelle tous les prisonniers politiques ont été libérés. En fin de compte, des accords ont été conclus qui ont permis la formation d'un organe politique appelé Mouvement de participation populaire (MPP), et qui a été défini comme un mouvement de lutte pour la libération et le socialisme. Cela signifie que ce mouvement peut participer à toutes luttes, tous les débats, y compris un élection nationale. Le Mouvement est apparu aux élections de 1989, obtenant seulement deux députés mais en 1997, il a obtenu deux députés à la chambre basse et un sénateur à la chambre haute. 

Un des prisonniers a été Jose Mujica, qui a été un des dirigeants de Tupamaros et a été le président de l’Uruguay entre 2010 y 2015. Il raconte aujoud’hui à la prese internationale ce qu’il pense de l’amour de «l’espèce» humaine et des risques qu’elle porte, Jose Mujica, dit Pepe, aura marqué les esprits par un mode de vie très simple, il a reversait 90% de son salaire а des oeuvres caritatives et a mené une politique libertaire pendant son mandat, il a légalisé le cannabis et autorisé le mariage homosexuel. Mais comment a t-il perçu cette époque où son mouvement guérillero est apparu?

"Vers les années 62 et 63, il y a eu ici des manifestations fascistes et une violation de l'autonomie universitaire, avec une incursion armée de la police. Cela a eu un grand impact sur les traditions culturelles du pays, où l'université était intouchable et les gouvernements aussi constitutionnels fussent-ils, devenaient de plus en plus autoritaires. A ce niveau on pensait que le pays se dirigeait vers une dictature, non ? Et de l'autre côté on avait la révolution cubaine qui nous a montré que nous pouvions nous battre."


Il faut noter que le Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros n'a jamais été une guérilla. Il a mené des opérations de propagande armée et d'approvisionnement. La guérilla, en revanche, est une forme d’action militaire. Le MLNT envisageait une stratégie d'accumulation politique. Il différait du reste de la gauche traditionnelle par sa méthodologie d'action politique.

 

#4 LES FARC-EP EN COLOMBIE

En 1819, le temps de la république commence. 

Les formes d'action de la guérilla étaient à nouveau présentes dans les différentes formes de conflits armés au cours de 19 guerres civiles.

Depuis 1885, la classe dirigeante libérale et conservatrice n'a pas cessé sa politique de sang et de feu contre le peuple colombien, mais celui-ci est resté dans la lutte, combinant toutes les formes de lutte révolutionnaire et avec des soulèvements armés (alzamientos armados) en constante ascension vers une libération.


En 1918, la domination des États-Unis a commencé sur la vie économique, politique, sociale et culturelle du pays. Rappelons nous du Massacre de la banane en 1928, à savoir une réponse du gouvernement répressif à la grève pacifique des travailleurs de la banane. 1500 travailleurs ont été tués.

A l'époque, on dénombrait 36 fronts de guérilla, la grande majorité dirigée par des libéraux. En 1964, l’opération Marquetalia était une opération militaire avec 16 000 soldats gouvernementaux, puis à Riochiquito à Cauca et à Pato, dans le Caquetá. Cette opération s'est déroulée dans le cadre des orientations générales du PLAN LASO (opération de sécurité latino-américaine). 45 guérilleros face à 16 000 soldats... Cette résistance de guérilla de Marquetalia durera jusqu'à la fin de 1965.


Après l'assassinat, le 9 avril 1948, de Jorge Eliécer Gaitán, homme politique colombien issu de la classe moyenne et du Parti libéral, la violence dans une dimension inédite se généralise dans toute la Colombie, ce qui a déclenché une guerre des partis et des régions. 

C’est en 1964 qu’un mouvement à caractère politico-militaire est né dans les montagnes du sud du département de Tolima, appelé Les Forces armées révolutionnaires de Colombie - Les FARC  est peut-être le groupe de guérilla latino-américain le plus connu par l’opinio publique, au niveau international.

Les FARC sont nés d’une idéologie marxiste-léniniste claire. Ses fondateurs étaient 48 paysans qui vivaient dans la région de Marquetalia, une colonie agricole fondée par eux-mêmes dix ans plus tôt. Ses principaux dirigeants étaient Manuel Marulanda Vélez et Jacobo Arenas, qui ont mené la lutte jusqu'à leur mort.

Manuel Marulanda :

"Notre guérilla a commencé, disons, à se défendre contre le terrorisme, la police et l'armée qui ont persécuté tous les libéraux pour les éliminer."


Jacobo Arenas :

"Il faut rendre la terre à celui qui en a besoin et veut la travailler de la même façon que les oligarchies nous l'enlèvent. Nous verrons biens, si c'est par la voie politique ou l'autre."

En 1984, sous le gouvernement de Belisario Betancur, les FARC ont signé une trêve d'un an, favorisant la création d'un parti politique appelé l'Union patriotique, qui a été exterminé peu de temps après sa création.

Au début des années soixante, une vague anticommuniste inspirée par le gouvernement des États-Unis s'est répandue à travers l'Amérique latine, systématiquement inculquée aux forces militaires et policières du continent. Toute opposition politique, toute trace de désaccord social, toute expression populaire qui soutenait les transformations économiques, sociales et politiques, faisait partie du plan de l'Union soviétique pour la domination mondiale, et était donc composée d'ennemis qui devaient être éliminés.


Pour diverses raisons historiques, la Colombie a connu un passé de violence politique étatique et de rébellions armées, qui à leur tour étaient l'expression du monopole du pouvoir politique par les classes bourgeoises. Les colonies agricoles fondées par la paysannerie exilée de leurs régions d'origine étaient considérées comme des républiques indépendantes qu'il fallait anéantir.

La naissance des FARC-EP comme réponse armée qui propose la prise du pouvoir politique dans le pays, en raison du mécontentement et de la rébellion des grandes masses dans les campagnes et la ville.

Aujourd'hui, il y a des milliers de combattants, femmes et hommes, dispersés dans toute la géographie nationale. Ils mènent une lutte politique et armée continue depuis plus de 52 ans, face à l'assaut étatique de plus en plus gigantesque, qui n'a jamais manqué du soutien total du gouvernement des États-Unis.


Il y a eu plusieurs tentatives infructueuses entre le gouvernement et la guérilla pour finalement trouver la paix. La première, sous le gouvernement de Belisario Betancur, qui a essayé de créer un climat favorable aux négociations avec les guérilleros avec notamment, le 28 mars 1984, la signature des accords avec l'engagement d'un cessez-le-feu bilatéral et la recherche d'une solution politique au conflit.

La deuxième tentative de négociation avec les FARC est menée par le président Pastrana. Le gouvernement national entendait désarmer les FARC, les réintégrer dans la vie civile. Les résultats satisfaisants ont été trop peu nombreux, compte tenu du fait que pendant trois ans, des accords de grande portée n'ont pas été conclus et que le processus est entré en crise à plusieurs reprises dû aux abus des FARC. Le gouvernement a alors rompu ces négociations.

La troisième et dernière tentative, plus récente, a eu lieu sous la gouvernance de l'ancien président Juan Manuel Santos. 4 ans de négociation qui ont débuté en 2012 à La Havane. Le document, signé le 26 septembre 2016 est avant tout un accord dans lequel les FARC renoncent au projet créé en 1962, soit prendre le pouvoir par les armes, et acceptent de suivre les règles de la démocratie colombienne pour rechercher leurs objectifs politiques.

Le gouvernement a renoncé à imposer aux rebelles les punitions définies par le droit pénal pour leurs crimes politiques, connexes ou autres, et négocie un ensemble de sanctions permettant aux membres des FARC d'agir légalement en politique: sanctions brèves et qu'ils n'impliquent pas la perte des droits politiques des chefs de guérilla.


Il a été constaté, qu'après la formation du nouveau gouvernement dirigé par Iván Duque, l’actuel président, la mise en œuvre s’est confrontée à de nouveaux obstacles. De plus, le processus de réincorporation des anciens combattants du groupe armé FARC a subi des retards, ce qui a généré un climat d'insatisfaction et de méfiance, comme en témoigne le retour aux armes de certains de ses dirigeants.

Dire «oui» à l'accord ne signifie pas pardonner les FARC, ni leurs erreurs politiques et historiques, ni leurs crimes et actes de violence, que seules les victimes directes peuvent pardonner. Mais il vaut au moins la peine d'essayer de vivre avec des FARC non armées, qui respectent les règles du dialogue.

Peut-être que beaucoup de ceux qui soutiennent avec enthousiasme l'accord de paix voteront contre eux lors des prochaines élections, bien qu'ils partagent certains de ses objectifs - une société plus égalitaire, moins soumise à la domination des marchés et de la consommation - mais si leur retour à la démocratie s'avère sincère ils peuvent être en mesure de faire partie de projets politiques qui apportent des changements positifs au pays.

Aujourd'hui, la Colombie est dans une situation très délicate : elle fait face à une crise politique et sociale extrêmement tendue. Cet État qui empêche le peuple colombien d'avancer, le gouvernement qui est régulièrement responsable de multiples massacres, d’assassinats, de crimes politiques, de dépossession des terres qui appartiennent aux paysans et du paramilitarisme. Nombreux sont les exemples de violation des droits de l'homme et de la constitution de la République colombienne.

J'arrive à la fin de cette série d'épisodes historiques et très choquants, dont le but est de vous faire connaître un peu mieux l’origine de ces guérilleras latino-américaines qui, malgré le fait qu'elles ne soient pas du même pays, viennent du même continent. 

Ce sont elles qui nous montrent la cruelle réalité et le contexte désastreux dans lesquels les Latino-Américains de différents âges ont vécu et doivent vivre, à cause des gouvernements qui profitent de la richesse des pays, qui prennent notre argent pour s'enrichir davantage, qui violent les droits de l’homme et menacent nos vies via des massacres et des assassinats des leaders sociaux et des citoyens. Aujourd'hui, étant Latina, j'écris une nouvelle histoire, tout comme le font les autres Latinos, nous l'écrivons avec une approche différente, avec un regard plein d'espoir et avec un fort désir de voir les jeunes Colombiens et Latinos et ceux qu’ils sont sur le point de naître, construire un monde meilleur, avec plus d'égalité et qui leur permet de vivre comme ils le méritent.

 

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