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LA SITUATION SOCIALE ET POLITIQUE EN COLOMBIE

Cette série est consacrée à la situation sociale en Colombie depuis la signature des accords de paix entre le Gouvernement et les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes en 2016.

Nous revenons sur l'histoire de la Colombie, son actualité, l'action militaire du gouvernement et les récentes manifestations.

 

EPISODE #1

DE QUOI PARLE-T-ON?


Colombia, bella Colombia…

Juillet 1810, la Colombie est alors sous le joug du pouvoir colonial espagnol. Un dîner doit alors avoir lieu entre les frères Morales, représentants de la monarchie espagnole et Antonio Villavicencio, un fonctionnaire du roi, créole et originaire d’Equateur. Pour honorer sa présence, il est impératif de décorer la salle où se tiendra le dîner. Or, Jose Gonzalez Llorente, le fleuriste consulté de nationalité espagnole, et dont la boutique se trouve à quelques pas du palais, refusera de prêter un vase pour cette réunion entre créoles. L’affaire provoquera une gigantesque rixe dans les rues de Bogota, symbolisant un soulèvement contre les Espagnols dont le règne est de plus en plus contesté, en Europe comme aux Amériques.

Une guerre interne durera quelques années, jusqu’au 10 août 1819, date à laquelle le célèbre Simon Bolivar entrera dans la ville de Santa Fe de Bogota, avec son armée républicaine. Sera alors proclamée l’indépendance de la Grande-Colombie, réunissant la Colombie, le Venezuela, l’Equateur et le Panama. C’est à la mort de Bolivar, en 1830 à Santa Marta, sur la côte atlantique colombienne, que ce grand territoire éclatera.


La Colombie, telle qu’on la connaît aujourd’hui, s’étend du département caribéen de la Guajira au Nord, à la région Amazonienne et la ville de Leticia au Sud-Est. De la côte pacifique et la région sauvage du Choco à l’Est, jusqu’aux plateaux andins et la ville d’Ipiales au sud, à quelques pas de la frontière équatorienne. Cette étendue territoriale, accidentée par le passage - excusez du peu -, des trois cordillères andines, explique la diversité culturelle dans ce pays peuplé aujourd’hui par près de 50 millions d’habitants.


Les premiers habitants indigènes, les colons espagnols, les populations africaines déportées au moment de l’atroce période esclavagiste, constituent aujourd’hui un patrimoine varié. Wayuu, Guajuros, Arhuacos, Kunas, Kogies, Muiscas, Quimbayas… on dénombre plus de 85 cultures indigènes distinctes sur l’ensemble du territoire.


La violence marquera l’histoire du pays au XIXè siècle, nous l’aurons compris, mais aussi au XXème siècle avec la sécession du Panama dès 1903 qui, avec l’aide des Etats-Unis d’Amérique, deviendra indépendant.

Les libéraux et les conservateurs se livrent une bataille politique cruelle qui atteindra son paroxysme à partir de 1948, et l’assassinat du populaire homme de gauche Jorge Gaitan. La ville de Bogota connaîtra une période d’émeutes et de répression (appelée Bogotazo) qui fera des centaines de morts. Ces incidents marquent le début d’une page noire de la Colombie, à savoir l’époque de La Violence.


Pressions, disparitions, séquestrations, assassinats, sont le quotidien de la population colombienne. 

L’inégale répartition des terres, menée par de puissants et riches propriétaires, favorise la création d’un mouvement paysan qui souhaite une réforme agraire. L’interdiction du parti communiste par le président conservateur Gomez engendrera la création de plusieurs groupes armés.  Il s’agit des premiers pas de certains groupes d’autodéfense communiste et paysans, inspirés par la lutte marxiste puis, plus tard, par les premières victoires de Fidel Castro sur l’île de Cuba. 

Les groupes d’insurgés s’organisent et résistent, dans les départements du Huila et de Tolima. En mai 1964, le président colombien Guillermo Valencia, appuyé par les Etats-Unis, décide alors de reprendre ces zones par la force. C’est le 27 mai 1964, lors de l’attaque de Marquetalia, que naîtront officiellement les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes, plus communément appelées FARC. Naîtront ensuite d’autres groupes rebelles tels que l’ELN (Ejercito de Liberacion Nacional) mais aussi le M-19 qui sera, quant à lui, beaucoup plus actif en zone urbaine et dans les quartiers défavorisés.


Depuis les années 60, l’armée nationale, les guérillas, mais également les paramilitaires d’extrême droite, créés et armés par le gouvernement pour lutter contre les groupes rebelles, sont engagés dans le conflit armé le plus long du continent américain, qui aura fait plus de 260 000 morts et sept millions de déplacés.

A cela viendra s’ajouter, à partir des années 80, l’essor du trafic de drogue, et la production de marijuana et de cocaïne, qui servira à alimenter les marchés nord-américains et européens. Les sommes d’argent générées par ce commerce auront raison des nombreux acteurs politiques, économiques et militaires du pays, qui sombreront, entre autres, dans la corruption. Le narcotrafic, qui lui n’a pas de patrie à part celle du billet vert, viendra financer à tour de rôle les luttes armées, les paramilitaires mais aussi les politiques gouvernementale, comme celle de l’ex-Président Alvaro Uribe, accusé de liens étroits avec des groupes paramilitaires mais aussi certains narcotrafiquants célèbres du département d’Antioquia, où il fût gouverneur. 


Les FARC finiront par avoir du plomb dans l’aile, avec la mort en mars 2008 de leur chef historique, Manuel Marulanda, présent lors de l’attaque de Marquetalia en 1964, bien que le groupe rebelle représentera toujours l’unité d’environ 10 000 hommes et femmes.

En août 2010, Alvaro Uribe passe le pouvoir à son ministre de la Défense Juan Manuel Santos, pensant pouvoir continuer sa politique d’ultra-droite. Or, Santos s’éloignera progressivement de la ligne politique de son prédécesseur, et tentera d’écrire une nouvelle page historique pour la Colombie grâce au démantèlement de réseaux ce corruption, la dissolution des services de renseignements impliqués dans le narcotrafic, la restitution des terres aux populations déplacées et victimes du conflit armé. En 2011, il engagera un dialogue avec les FARC et l’ELN, en vue d’un accord…

Le 26 août 2012 dans la maison Piedra, d’El Laguito à la Habana, les FARC et le gouvernement signe le document qui deviendra, quatre ans plus tard, l’Accord de paix qui marquera l’histoire de la Colombie.


Le montage de cet accord entre les FARC et le gouvernement n’a pas été facile, cependant les deux parties avaient une chose en commun : mettre fin au conflit. Les négociations se sont arrêtées plusieurs fois puisque les FARC ne voulaient pas rendre les armes, finalement et grâce à la participation des garants de Cuba, de la Norvège et du président Vénézuélien Hugo Chávez, ils se sont mis en accord et les FARC ont accepté de rendre enfin les armes à condition de pouvoir participer à la vie politique et la vie civile; une fois l’accord signé entre les deux parties.


Le 12 août 2015 l’accord est prêt à être signé mais cette version d’essai conduit à l’incertitude de la part des guérilleros et des citoyens. Les guérilleros pensent que leurs représentants ont cédé sur de nombreux points.

Le 26 août de la même année, l’accord de paix est finalement signé, et quelques jours plus tard la version provisoire du document est publiée par Telesur et RCN radio, deux grands médias nationaux. Le 4 septembre 2015, le président Santos et le leader guérillero Timochenko formalisent le début d’un processus de paix à la télévision, un processus qui doit durer des années.


Le 2 octobre 2016, lors d’un référendum qui aura connu une abstention record (plus de 60%), 50,2% des votants s’expriment contre l’accord de paix, contre 49,7% pour. Ce jour restera marqué dans l’histoire de la Colombie comme le jour où les colombiens auront décidé de dire non à la paix et prendront le risque de détruire 4 ans de négociation ainsi que le retour des FARC dans leurs camps de base. 


Malgré l’avis négatif du peuple colombien, le gouvernement colombien décide néanmoins de mettre en place l’accord de paix. Le Président Santos justifiera cette décision par la volonté d’entendre les préoccupations des citoyens n’étant pas favorable avec l’accord et, d’une certaine manière, prendre en considération leur avis pour modifier celui-ci.

Cette décision du gouvernement ne passe pas aux yeux des colombiens, qui considèrent que les FARC ne peuvent pas avoir le droit de participer à la vie publique, après tous les massacres perpétrés.


Depuis 2016, certaines guérilleros ont pris la décision de rendre les armes et de participer à la vie civile, 1 200 membres des FARC ont été souscrits à un système de santé, 4 500 d’entre eux reçoivent des formations scolaires ou universitaires. Plus de 200 anciens FARC travaillent dans la culture de la banane plantain ainsi que le manioc afin de s’autofinancer vu l’absence de participation du gouvernement. 


Pour les ex-combattants des FARC, toutes ces activités font partie d’une économie rapide, d’autoconsommation sans aucun usage commercial. Cependant, ils attendent encore les projets de l’État pour pouvoir travailler et survivre. 

Selon le New York Times, à cause de cette situation, 2 800 ex-combattants n’ont pas trouvé de place dans la vie civile et ils sont retournés aux camps. La plupart des guérilleros sont des paysans à qui le gouvernement n’a pas donné de soutien tels que la création de projets productifs et de la construction de petites entreprises. Certains d’entre eux n’ont pas voulu rendre les armes et sont les responsables du trafic de drogues persistant et des exploitations minières illégales, ils représentent 30% du bloque oriental, le plus grand des FARC.


Après toutes ces années, au lieu de devenir la porte qui montrera le chemin pour créer un nouveau pays, un pays sécurisé où les enfants puissent avoir une meilleure éducation, un pays où tout le monde ait les mêmes conditions de vie, l’accord de paix est devenu le responsable des dissensions entre les colombiens qui réclament justice d’une part, et ceux qui réclament enfin la paix.

Cette perspective amène la Colombie dans un avenir inconnu et désolant qui empire, notamment lors des élections présidentielles de 2018. Les deux candidats: Gustavo Petro et Ivan Duque arrivent en tête au premier tour. Le premier a été un ancien sénateur qui, à 58 ans, est devenu le premier candidat de gauche à parvenir au second tour d'une élection présidentielle. Il est notamment connu pour son passé de guérillero. Le candidat du mouvement Colombie Humaine avait rejoint, à l’âge de 17 ans, le Mouvement M-19. De plus, Gustavo Petro, s'est fait remarquer au Parlement en dénonçant la corruption et les liens entre politiques et paramilitaires d'extrême droite. Il a été la cible de tirs juste avant les élections. N’oublions pas que cinq candidats à la présidence de gauche ont été assassinés lors des élections présidentielles au cours de l’histoire en Colombie. 

Le deuxième candidat, Ivan Duque, représente la droite Colombienne et sera finalement élu avec 54 % des suffrages exprimés, contre 42 % pour son adversaire. Duque est connu surtout pour avoir de bonnes relations avec l’ex-président Alvaro Uribe, il marque le retour de la droite uribiste au pouvoir et menace la réconciliation nationale, l’exploitation des ressources naturelles et la modification de l’accord de paix. 


Depuis son mandat, le président Duque a créé une unité spéciale pour poursuivre les guérilleros qui ont annoncé le retour aux armes, et affirme que sera maintenu le compromis avec les ex-combattants qui voudront respecter les accords.  Faut-il rappeler qu’avec l’accord de paix 7.000 guérilleros ont rendu les armes et ont créé un parti politique appelé La Force Alternative Révolutionnaire du Commune, ayant pour but une participation active dans le gouvernement et dans la vie sociale ?


Rodrigo Londoño, représentant du parti FARC a critiqué le gouvernement du nouveau président et son rôle face aux manifestations sociales. Seize mois après de son élection, Duque fait face à une crise sociale et le rejet de sa politique par l’opinion publique. Pour les FARC, le nouveau président ignore terriblement l’accord de paix et empêche sa mise en place. De plus, ils jugent la réponse répressive de la part du président vers l’usage démesuré de la “sécurité de l’Etat “ et de l’ESMAD (Escadron mobile anti-troubles)

Un des indicateurs qui montrent les difficultés de la mise en place de la paix, est le nombre d’ex-guérilleros assassinés depuis la signature de cet accord : 167 d’entre eux depuis novembre 2016. On ne connaît pas les responsables, ni s’il s’agit des forces armées colombiennes.

De plus, Duque a réduit le budget à 149 millions de dollars pour le rapprochement territorial, la réforme rurale ou le PNIS (Plan National Intégral de Substitution) alors qu’a augmenté celui pour la défense territoriale.

Nous ne pouvons jamais oublier un des pires fantômes du conflit colombien: "los falsos positivos", les faux positifs. On appelle faux positifs les exécutions extrajudiciaires par des policiers de l’Etat contre la population civile. Ils tuaient et habillaient leurs victimes avec des tenues de la guérilla pour les faire passer pour de véritables combattants. Cette horrible pratique a été utilisée pendant le gouvernement de l’ex-président Alvaro Uribe entre les années 2002 et 2010, on comptabilise 2.248 victimes de cette sanguinaire stratégie et son successeur Duque a clairement montré que cette stratégie continuera à être utilisée pendant son mandat.

L’organisation Somos Defensores déclare que, lors du premier semestre 2019, ont eu lieu  591 agressions contre des leaders sociaux. 59 d’entre elles se sont terminées en homicides. En 2013, 78 défenseurs de droits de l’homme ont été tués. Cinq ans plus tard, en 2018, le chiffre a doublé à 155 défenseurs. Parmi les victimes, on trouve des leaders indigènes et afro-colombiens, des paysans et des défenseurs des territoires. Le dépôt des armes par les FARC a mis en lumière ces leaders sociaux et leurs revendications, les intérêts économiques de leurs territoires, la protection d’un pays entier.


Le peuple colombien est fatigué de cette incessante guerre, de ces assassinats, de ces récurrentes violations de droits de l’homme, mais surtout de ne pas pouvoir s’exprimer librement…

Le 21 de novembre de cette année, les colombiens sont sortis dans la rue pour manifester contre le gouvernement et ses reformes contre la retraite et l’augmentation de taxes sur la plupart de produits de la vie courante, la non-exécution de l’accord, le droit d’avoir une éducation de qualité et garantir la vie des leaders sociaux et la sécurité des territoires des indigènes. Lors de ces manifestations, plusieurs groupes d’indigènes de plusieurs régions se sont mobilisés et sont arrivés à la capitale Bogotá. Les artistes, les professeurs, les étudiants, tous se sont mobilisés pour se faire entendre auprès du gouvernement de Duque.


Il y a encore quelques années, les colombiens ne sortaient pas manifester par peur d’être confondus avec des guérilleros. De nos jours, les gens qui manifestent sont plus divers, il y a des personnes de tous les âges, des partis de gauche ou du centre, qui manifestent de façon plus pacifique qu’avant. Les manifestations sont devenues très culturelles à tel point que s’y créent des chansons avec des rythmes folkloriques. Cela montre d’ailleurs à quel point la société colombienne a trouvé une nouvelle manière de communiquer même si persistent encore des actes de vandalisme, des dégâts dans les rues et dans les centres commerciaux.


Le gouvernement n’hésite pas à utiliser la force. Dilan Cruz, un étudiant de 18 ans,  a été tué par une bombe lacrymogène tirée par un policier de l’ESMAD. 


La Defensoria del pueblo a ouvert une enquête quant à l’usage de la force démesurée et a manifesté son mécontentement suite aux interdictions par la police des manifestations pacifiques. Elle exige le respect de la constitution qui garantit le droit à la libre expression. Des organisations internationales telles que les Nations Unis et Human Rights Watch ont manifesté leur préoccupation envers l’usage excessif de la force. D’après la Police Nationale ces manifestations ont laissé 769 blessés, 379 sont membres de la police et 390 sont manifestants.

La Colombie, du moins son peuple, souhaite en finir avec la violence. Le peuple ne veut plus de guerre car il est fatigué. Fatigué par la mort de Dilan, par la condition des enfants de la Guajira ou des enfants des communautés indigènes et afro-colombiennes qui meurent à cause de la malnutrition et d’une pénible qualité de vie, par le renforcement de l’armée, par l’abus du pouvoir et l’interdiction à s’exprimer librement.

Sources et morceaux : 

  • Los gaiteros de San Jacinto – Campo Alegre

  • Que tengo - Bella Colombia

 

EPISODE #2

A SAN VICENTE DEL CAGUAN


Lundi 2 septembre 2019, le Président colombien Ivan Duque, annonce le bombardement d’un campement dans lequel se trouvaient des dissidents des Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes. L’opération « Atair » a lieu depuis plusieurs jours dans le village de San Vicente del Caguan, dans le département du Caqueta, dans le sud du pays, où 14 guérilleros auraient été retrouvés morts. Le Président Duque et son gouvernement triomphent de cette victoire contre les - je cite - « terroristes » et « traîtres » quant à l’accord de paix signé en 2016, entre le précédent gouvernement et les FARC.

Depuis, le quotidien sanglant se poursuit dans ce pays, marqué depuis plus d’un demi-siècle par le conflit armé entre les forces du gouvernement, les guérillas, y compris urbaines, et les paramilitaires. Des leaders sociaux ou environnementaux sont régulièrement assassinés, on en compte plus de 252 en 2018, selon l’ONG Indepaz.

Le 5 novembre dernier, un débat a lieu au Congrès à Bogota sur une possible mention de censure contre le Ministre de la Défense, Guillermo Botero. Roy Barreras, sénateur centriste et soutien du Président Juan Manuel Santos lors des discussions sur le processus de Paix, interpelle le Ministre sur ses motivations à dissimuler la vérité et les conséquences du bombardement ayant eu lieu plusieurs semaines auparavant. Rapport d’experts en médecine légale entre les mains, il est formel.

Ils s’appelaient, entre autres, José Rojas, Jhon Pinzón, Wilmer Castro, Abimiller Morales, Diana Medina, Ángela Gaitan, Sandra Argas… et avaient entre 12 et 17 ans. Leurs corps, ou ce qu’il en restait, furent retrouvés au milieu de la zone bombardée par l’armée. L’information est confirmée par des officiers colombiens dès le lendemain.

Selon leurs parents ou leurs proches, ils étudiaient, allaient à l’école, vivaient leur vie d’enfant ou d’adolescent. Diana Medina, 16 ans, rêvaient notamment de devenir policière et footballeuse, pour aider ses parents agriculteurs et originaires du village voisin de Puerto Rico.

Quelques jours après ces révélations, certains villageois, cités par le journal Noticias Uno, soutiennent que le nombre d’enfants tués seraient de 18 et que des corps n’auraient toujours pas été identifiés. Ils indiquent notamment que les bombardements ont créé un cratère de 200 mètres de diamètre et de 15 mètres de profondeur, et que deux bombes n’ont pas explosé.

Lors d’une cérémonie officielle à Barranquilla, un journaliste du quotidien très suivi El Heraldo a questionné le Président Iván Duque sur le bombardement, en lui demandant simplement son opinion. Oui oui, la vidéo est sans appel.

Duque a répondu : “¿De qué me hablas, viejo?” (“De quoi tu me parles, mon vieux ?”) 

De quoi on te parle Duque ?

De la pauvreté, du manque de revenus et de l’insécurité alimentaire qui impactent le département de la Guajira. L’ICBF a signalé 248 enfants en état de malnutrition, 47 femmes avec un poids faible pendant leur grossesse, plus de 1 400 enfants qui n’ont pas de sécurité sociale, au moins 500 d’entre eux ne vont à aucune école. 182 cas de violation de droits, de viols, d’exploitation ou d'abandon. 648 enfants et adolescents qui n’ont aucun document d’identité. Plus de 5 000 des enfants qui ont moins de 5 ans et qui ne font pas partie du programme de la petite enfance.


De toute la communauté afro-colombienne qui ont donné au pays une variété de réussites au niveau artistique, culturel, sportif et intellectuel entre autres, vous vous rappelez de cette communauté? C’est la communauté qui manifeste de problèmes de malnutrition des enfants, des dificulté pour cultiver des aliments, des inondations et de la destruction de leur maisons à cause des intempéries fréquentes. C’est la communauté où les poubelles sont jamais ramassées en empirant l’impacte environnemental, où il y a de problèmes de trafic de drogues et de déplacement forcé.


Des 5 567 personnes tuées par des armes à feu et 1 342 par des objets tranchants au cours de l’année 2019.


Des 4 523 homicides enregistrés pendant l’année 2019, desquels nous ne savons  pas qui ont été les responsables, 2 147 cas où l’agresseur est inconnu, 218 cas où l’agresseur est connu et 150 cas où il est présumé qu’il s’agit des forces armées ou de la police.


De la Colombie comme le septième pays le plus inégal au monde et le deuxième de l’Amérique Latine, par la Banque Mondiale.


De tous les jeunes diplômés qui n’ont pas l’opportunité de trouver un boulot qui correspond à leur niveaux d’études, tous les jeunes au chômage.


De tous les étudiants qui doivent demander un crédit pour financer leur études supérieures et qui, plus tard, doivent le payer pour le reste de leur vie car, tout simplement, votre gouvernement ne leur donne aucune aide. D’avril à juin 2019, le taux de chômage a été à hauteur de 17,2%.


Du CICR qui signale qu’en Colombie, entre 2014 et 2016, plusieurs personnes ont été victimes de violence sexuelle à plusieurs reprises dans leur vie. Dans 41 % des cas, l’agression a été commise par plus d’une personne, et les viols collectifs commis par trois à huit personnes sont fréquents. Parmi les victimes, les femmes afro-colombiennes et les paysannes étaient les plus nombreuses (40 % et 35 % respectivement).


Des assassinats des leaders indigènes : selon l’Organisation National Indigène de la Colombie (ONIC), au cours des derniers 14 mois, soit depuis que votre gouvernement a été élu, 120 assassinats ont été enregistrés, chaque 72 heures un leader social est assassiné. Plus de 160 indigènes tués depuis l’implémentation de l’accord de paix.


D’un bombardement qu’a organisé ton propre gouvernement et au cours duquel sont morts plusieurs enfants et adolescents.

Depuis la motion de censure contre le ministre de Défense Guillermo Botero par le sénateur Roy Barreras, l’opinion publique est divisée. Barreras a accusé l’ancien Ministre de la Défense d’avoir caché le fait que 8 mineurs étaient morts lors du bombardement à San Vicente del Caguan. D’un côté, il y a ceux qui critiquent le gouvernement d’avoir attaqué le campement sans prendre en considération la présence de mineurs, de l’autre, ceux qui défendent le gouvernement, Botero et l’opération militaire. 


Et comme pour tous, les questions qui tournent dans la tête sont:  Qui sont ces enfants ? Pourquoi et comment se sont-ils retrouvés à San Vicente del Caguan ce jour là ? 


Pour commencer à répondre à cette question, Herner Carreño, représentant de la communauté de Puerto Rico nous parle de la situation, où il avait déjà porté plainte devant les autorités municipales en juin 2019 : 

"La mairie/municipalité a été informée du recrutement forcé de mineurs, toutes des filles de 13, 16 et 17 ans.

Ce sont des enfants vulnérables, avec une précarité économique et leur seule faute était de vivre dans une zone de conflit où l’Etat a historiquement brillé par son absence.

Ici l’état a laissé tomber ces enfants 2 fois, la première, quand le ministère public a dénoncé la présence active et permanente de groupes armés organisés dans la municipalité de Puerto Rico, qui recrutaient ces enfants et qu’il n’a rien fait. La deuxième fois qu’il les a laissé tomber, c’est quand le même Etat qui ne fait rien pour éviter le recrutement forcé, les tue lorsqu’il valide le bombardement du campement à San Vicente del Caguan."

Ils s’appellaient José Rojas, 15 ans. Jhon Pinzón, 17 ans. Wilmer Castro, 17 ans. Abimiller Morales, 17 ans. Diana Medina, 16 ans. Ángela Gaitan, 12 ans. Sandra Vargas, 16 ans. 

Nous sommes allés chercher plus d’information sur ces enfants, pour savoir ce que disent leur proches, comment on les connaissait, ce qu’ils faisaient, leurs envies, leur rêves. 

Comment parle-ton d’eux?

Quelques histoires sont similaires, les parents des enfants assurent que le enfants ont montré certains indices d’avoir été rapprochés par les dissidents es FARC, en leur montrant des armes, mais aussi avec de l’argent et en leur donnant des uniformes. Ceci aurait motivé les enfants à partir avec le groupe armé. D’autres assurent simplement que leurs enfants ont disparus et ils furent ensuite informés de leur appartenance à ces groupe illégaux.


Des détails de comment avaient été recrutés ces enfants ont été mis en avant également : 

"Abimiller Morales était un jeune homme de 17 ans qui étudiait dans une autre région du pays, mais 10 jours avant son recrutement, il était arrivé à la Vereda de las Damas de San Vicente del Caguan, où habitait sa mère. Celle-ci a dit aux organisations de Droits de l’Homme de la région que son fils était rentré un jour très enthousiaste car il avait rencontré les dissidents qui lui avaient montré des armes et lui avaient dit que ceux qui rejoignaient le groupe recevaient des armes, des munitions et de l’argent.

Une autre victime du bombardement est Sandra Patricia Vargas, une fille de 16 ans qui vivait dans la même région de San Vicente del Caguan. Elle était étudiante en terminale et participait souvent à des formations du SENA ainsi qu’a des activités culturelles et sportives. D’après sa famille, il n’y avait aucun signe qu’elle était entrain de s’enrôler dans le groupe dissident."

Mais le cas le plus connu et le plus médiatisé est ce lui de Diana Medina :

"Elle a grandi dans la capitale avec sa mère, mais en janvier de cette année, elle a décidé de voyager à Puerto Rico pour rejoindre son père. A la fin de la première partie de l’année scolaire, elle a voyagé chez une de ses sœurs qui habite en zone rurale de la communauté. C’est à la Vereda Pingamosa qu’elle a été recrutée avec les deux autres mineures."

Son père assure qu’elle allait chez sa sœur uniquement pour les vacances et ensuite rentrait pour continuer ses études. Il n’était pas au courant que sa fille avait des liens avec un groupe armé. Elle lui disait qu’elle voulait jouer au foot professionnel pour les aider. Elle était toujours avec les mêmes amis et il l’amenait à toutes ses activités. De plus, ils échangeaient parfois sur les difficultés de certains enfants dans ces zones marginales et la menace constante d’être recruté(e)s, mais elle disait toujours ne pas être intéressée par les dissidents. 

Dans un échange à la radio avec sa mère, elle insiste sur l’innocence de sa fille :

"Ma fille n’appartenait à aucun groupe dissident, elle était innocente, elle était étudiante. Elle est partie en vacances, elle était inscrite au lycée comme n’importe quel enfant, mais ils l’ont recrutée et l’ont emmenée par la force. Son rêve était de terminer ses études et devenir policière. Elle aimait beaucoup le foot, elle avait beaucoup de rêves mais elle n’a pas pu les réaliser."

Nous sommes également allés chercher comment ils ont été présentés par le gouvernement et surtout, savoir ou au moins essayer de comprendre pourquoi ils étaient là. En novembre, Luis Fernando Navarro, le Commandant Général des Forces Armées, a dit par rapport au bombardement en zone rurale de San Vicente del Caguan :

"Nous n'étions pas au courant de la présence de mineurs appartenant à la structure de sécurité de la cible licite Gildardo el Cucho."

Diego Martinez du journal El Pais défend qu’il y a une différence entre enfants et mineurs. Il considère que plusieurs des combattants qui sont morts lors du bombardement avaient entre 16 et 17 ans et ne peuvent donc pas être considérés comme des enfants. 

Une des interrogations les plus grandes autour du cas est dans quelle condition étaient ces mineurs. Martinez affirme :

“Ces mineurs étaient dans un campement de guérilla et donc étaient une cible militaire légitime, en ce qui concerne le droit international humanitaire. Mais ce n’est pas tout, ils étaient armés jusqu’aux dents."

Sources et morceaux : 

  • ChocQuibTown - De Donde Vengo Yo

  • Rocca - Les jeunes de l'Univers

  • La Múcura - Sanará

  • Noticias Cúcuta

  • Lafm.com.co

  • BluRadio

  • W Radio

  • Pulzo.com

 

EPISODE #3

TÉMOIGNAGES


Guérilla, narcotrafic, Carthagène, Escobar, FARC… Nous entendons parfois ces termes ou ces noms quand on parle de la Colombie. Nous avons toutes et tous, autant que nous sommes, des connaissances ou des clichés sur ce pays.

L’objectif de ce programme est de vous informer sur des faits ou sur l’histoire, de vous partager différents points de vue, mais surtout de donner la parole aux personnes les plus concernées.

Ce mois-ci, à travers nos différents podcasts sur la situation sociale et politique en Colombie, nous avons remonté le temps pour comprendre pourquoi et comment le pays s’est déchiré petit à petit. Nous sommes allés dans la région du Caqueta pour tenter de comprendre pourquoi des enfants ou des adolescents étaient morts en septembre dernier, suite au bombardement d’un camp guérillero par l’armée.

La Colombie est aujourd’hui l’un des pays les plus touristiques d’Amérique Latine car il est un pays magnifique, aux mille paysages, aux climats variés, et où la population a le cœur sur la main. 

Cette population qui est la première à souffrir de la situation, du conflit armé depuis près de 60 ans, et de l’image que celui-ci renvoie à l’étranger.


Aujourd’hui, nous vous proposons d’aller à la rencontre de plusieurs colombiens et colombiennes, originaires de plusieurs régions du pays, et qui ont un lien étroit avec le sujet que nous avons abordé dans cette série.

Nous les avons interrogés sur leur ressenti, leur relation avec le pays, son actualité, et bien entendu la situation à San Vicente del Caguan…


Nous avons rencontré Viktor Ordonez, expatrié colombien qui vit en France depuis 20 ans et qui préside une association culturelle dans la métropole lilloise. Il nous explique pourquoi il a quitté son pays.


"Je m’appelle Victor, j’ai 63 ans, et ça fait 20 ans que je suis installé en France.

Je suis parti de Colombie pour préserver mes enfants, et leur éviter de prendre des décisions risquées pour eux. Les seuls débouchés à cette époque étaient de devenir guerillero, militaire, paramilitaire ou narcotrafiquant.

Mes enfants les plus âgés avaient à peine le baccalauréat.

Nous vivions dans un village dans lequel le pouvoir économique, politique et militaire était détenu par un groupe paramilitaire dirigé par l’un des hommes les plus riches du monde qui s’appelait Victor Carranza.

Dans notre ferme, nous avons eu à faire deux fois aux paramilitaires mais une fois que nous étions installés au sein du village, ils se sont montrés de plus en plus intéressés par ce que nous faisions.

Nous travaillions avec des personnes âgées et des enfants sur des projets d’éducation environnementale, des projets de théâtre et des animations avec les personnes du troisième âge, la récupération de l’histoire du village.

En arrivant en France, j’ai créé une association qui s’appelle l’association francolombienne Menegua. Notre public sont les enfants, on travaille pour eux et avec eux."

Comme des millions de colombiens, en Colombie ou en dehors du pays, l’accord de paix signé en 2016 entre le gouvernement et les FARC est historique. Il nous explique les cinq grands fondements de cet accord.   

"Concernant le dernier accord de paix, je peux dire que c’est l’un des moments qui a rempli d’espoir le peuple colombien, après 60 ans de conflit armé. C’est un accord qui consiste à créer des politiques qui vont directement s’attaquer les causes du conflit :

1.La distribution des terres en Colombie. 

2. La démocratie participative avec le droit d’opinion, d’être actif politiquement parlant, sans que cela implique d’être poursuivi, assassiné ou emprisonné. 

3. Le troisième point consiste à trouver une solution au commerce illicite qui finance le conflit. La Colombie est l’un des pays au monde qui a le plus d’impact en matière de trafic de drogue. 

4. Le quatrième point est la création d’un système judiciaire de transition, qui permet le jugement de tous les acteurs qui ont participé au conflit :  les guérilleros, les paramilitaires, les militaires, les financeurs et les politiques qui ont soutenu le conflit. 

5. Le cinquième point est le dépôt des armes, l’amnistie pour les combattants, la possibilité de créer des centres de production pour que ceux qui déposent les armes puissent disposer d’un appui pour recommencer leur vie civile."

Viktor a eu connaissance du bombardement à San Vicente del Caguan en regardant des vidéos sur Youtube, notamment celle où le sénateur Roy Barreras apprend à la Colombie et au monde entier que l’armée et le gouvernement ont caché la vérité. Il nous explique comment il a perçu cette information et ce qu’il a ressenti.

« L’unique traduction que nous avions était un discours du Président dans laquelle il disait que l’opération avait été « Impeccable », avec ce résultat d’avoir tué le commandant de cette dissidence. Il a caché au public les circonstances les plus importantes. 

Des 12 terroristes tués, 7 ou 8 d’entre eux (on ne sait pas bien à cause de l’état des cadavres), 7 ou 8 étaient mineurs et avaient moins de 18 ans. Le défenseur du peuple de la région avait alerté les autorités locales quant au recrutement de mineurs par la guerilla. Mais ce qui est pire, selon le témoignage de certains habitants de la région, c’est qu’il parait que les militaires ont poursuivi des enfants qui avaient survécu au bombardement et leur ont tiré plusieurs balles dans le dos, pour ne pas laisser de témoins.

Cela m’a rempli d’indignation et de rage. C’est pour moi la goutte d’eau qui fait déborder le vase qui se remplissait et se remplissait depuis l’élection de ce nouveau président."

Ce n’est pas la première fois que le Droit International Humanitaire est bafoué en Colombie. Viktor nous explique pourquoi, dans le cas de cette action militaire, le gouvernement est en faute.

"Si le gouvernement était informé de comment fonctionnait ce camp et qui le constituait, il devait surement savoir que la majorité des dissidents était des mineurs. S’il a considéré que ce n’était pas un argument suffisant pour suspendre l’opération, alors il a clairement violé le droit des enfants, le droit international humanitaire. Ce doit être considéré comme un crime de guerre.

Sa mission n’était pas de bombarder mais de sauver les enfants et, si possible, capturer ou neutraliser comme ils disent, le chef qu’ils cherchaient."


Nous avons évoqué avec Viktor le regard que les français portent sur la Colombie, du moins à travers les informations qu’ils reçoivent. Les clichés sont nombreux sur le pays et, concernant le conflit, nous connaissons beaucoup plus les FARC que les autres acteurs. Viktor évoque ici le rôle historique des politiques dans la non-gestion du conflit.  

« Oui, je pense qu’il y a une confusion en France, et en Europe en général, entre la guérilla, les paramilitaires, les narcotrafiquants, les milices et le militaires de la force publique.

En 2007, le gouvernement d’Uribe a signé des accords de paix avec les paramilitaires en leur promettant une impunité, puis il a ensuite envoyé aux Etats-Unis les responsables des groupes paramilitaires pour éviter que ceux-ci donnent leur version des faits en Colombie.

Cet accord avec les FARC, en 2016, a été l’accord le plus réussi en matière d’armes déposées, du nombre de combattants, et des réformes imposées par cette signature."

Le bombardement de San Vicente del Caguan implique que, malgré les accords de paix, des guérilleros sont toujours présent et opèrent dans certaines régions. Viktor nous explique que le résultat des élections présidentielles de 2018 et le retour au pouvoir du clan Uribe a poussé certains ex-combattants à reprendre les armes pour se protéger.

"Plusieurs guérilleros, y compris le chef des négociations du côté des FARC, ont décidé de reprendre les armes et de retourner dans la montagne. Ceux qui ont pris cette décision étaient persécutés. Ils allaient les assassiner ou les extrader."


Pour conclure, Victor insiste sur la situation du pays depuis le pouvoir exercé par le gouvernement d’Alvaro Uribe. Voici comment il résume la situation.

"L’histoire du pays nous aura montré que les années concernées par le mandat d’Uribe auront fait de la Colombie le deuxième pays le plus inégal d’Amérique Latine, le pays le plus dangereux pour l’opposition, pour les journalistes, les professeurs d’écoles, les intellectuels ou les artistes.

C’est aussi le pays où il y a le plus grand nombre de déplacés à cause de la violence, ainsi que celui qui compte le plus de victimes de massacres, de disparitions forcées, d’attaques à la population civile. C’est sous son gouvernement qu’il y en a eu le plus nombre."

Nous avons échangé avec une jeune colombienne, originaire de San Vicente del Caguan, et dont la famille vit encore dans la zone. Pour des questions de sécurité, nous avons décidé de ne pas dévoiler son nom. Cette personne a échangé avec sa mère, qui elle-même a pu discuter avec la maman d’un des adolescents tués lors du bombardement. Elle nous partage indirectement ce témoignage : 

« Ce qu’elle me dit est que cette information est fausse. Les jeunes faisaient partie de la guerilla. Quand ils y sont rentrés ils étaient mineurs mais, quand ils les ont tués, ils étaient devenus majeurs. La majorité d’entre eux y sont rentrés sur leur propre décision.

A côté de la tombe de ma grand-mère, ils ont enterré un des jeunes garçons. Ma mère a parlé avec la maman du jeune et celle-ci lui a dit qu’il était guerillero parce qu’il le voulait. La guerilla l’a enrôlé, ils leur mettent beaucoup de choses en tête, leur parle beaucoup, leur disent qu’ils gagneront beaucoup d’argent.

Lui, il y était parce qu’il le voulait. Il envoyait même des photos de lui à sa mère, avec son fusil, ou des photos de là où ils se cachaient.

Ma mère lui a demandé quel age il avait quant ils l’ont tué. Ce jeune avait 19 ans.

Ma mère dit que quand ils les ont enrôlés, oui ils étaient mineurs mais, quand ils les ont tué, ils étaient majeurs. La plupart d’entre eux avaient 18, 19 ou 20 ans. Cette information est donc fausse et a été montée pour déstabiliser le gouvernement. 

C’est ce que dit ma mère. Elle n’en sait pas beaucoup plus mais voilà, en parlant avec la mère du jeune tué, elle a su qu’il avait 19 ans et qu’il était donc majeur. »

Nous aurons compris que la situation est complexe, et que les différents points de vue se confrontent, non seulement sur la situation à San Vicente del Caguan, mais également sur la nature du conflit armé. 

Le peuple colombien est viscéralement lié à la violence et il est aujourd’hui très difficile d’imaginer le pays dans quelques années. 

Depuis peu, celui-ci s’est tourné vers le tourisme et de plus en plus d’étrangers sillonnent les routes qui, pour certaines d’entre elles, étaient de véritables coupe-gorges fût un temps. C’est déjà un très grand pas vers la paix.

Mais l’instabilité politique fait défaut à la population qui souhaite du changement, en témoigne la crise sociale et les manifestations qui persistent depuis le 21 novembre dernier. 

Le droit humanitaire international est régulièrement oublié, au regard des opérations militaires menées régulièrement, du recrutement de mineurs permanent, de la non-reconnaissance de leurs droits, à l’impunité grandissante pour les chefs paramilitaires qui terrorisent la population dans de nombreuses régions, des persécutions et des assassinats.  S’ajoutent à cela la corruption et le trafic de drogue qui pourriront la société colombienne de l’intérieur. 

Qui sont les victimes ? Les populations marginalisées, les enfants, les femmes, les paysans, Dilan, les leaders indigènes, les leaders sociaux, les leaders environnementaux. 

Sources et morceaux : 

  • Jaime Llano Gonzalez - Pueblito Viejo

  • Edson Velandia - La Montaña

 

EPISODE #4

LA SITUATION EN MUSIQUE


La Múcura se définit comme un “espace mobile de création, axé sur la relation qui existe entre l’art et la transformation sociale ». Ce projet est né en 2014, lorsque des amis ont décidé de se rassembler et d’entreprendre un voyage à travers l’Amérique du Sud, à la rencontre de fondations et d’acteurs associatifs. Originaire de Colombie, La Múcura veut tisser des réseaux et des contacts pour que nous puissions nous connaitre, nous inspirer et nous appuyer sur le chemin de la transformation sociale. 

Retrouvez La Múcura sur le web, a Medellin ou sur les routes, avec le titre Somos Colombia et ses deux albums déjà enregistrés.

En 2018, l’un d’entre nous est intervenu dans une école du village de Los Andes, sur les hauteurs de la ville de Cali, dans le département du Valle del Cauca. Los Andes et les communautés qui la composent, ont longtemps été considérés comme faisant partie des zones rouges, c’est-à-dire occupées par la guérilla.

Dans le cadre du programme « Mi comunidad es Escuela » créé par le Secrétariat à l’Education de la Mairie de Cali et l’Université Publique Univalle, un échange artistique a eu lieu avec de jeunes collégiens de 14 et 15 ans. 

Apprentis rappeurs, ceux-ci souhaitaient créer un morceau qui leur permettait de raconter leur propre histoire. Mickael a souhaité raconter la relation avec sa mère et lui témoigne le plus grand respect. Le second, Jan Carlos raconte le jour où la professeure lui a demandé de rentrer chez lui plus tôt que prévu, pour une urgence. Il y trouva sa mère, pleurant devant le corps de son père qui venait d’être abattu.

Edson Velandia est un auteur-compositeur, originaire de la ville de Piedecuesta, dans le département de Santander, proche du Venezuela. Après avoir cotoyé plusieurs groupes de rock et punk, Velandia sort son premier album solo en 2017, dans lequel il évoque la terre, le village, les gens, les animaux, la famille, à travers des sonorités volatiles, légères, parfois naïves et sensibles à la fois.

Velandia a travaillé avec des chorales d’enfants, avec lesquelles ils expérimentent un nouveau style, entre le folk, le jazz, parfois le rap. 

Lors des récentes manifestations contre le gouvernement d’Ivan Duque, Edson Velandia n’a pas hésité à rejoindre la rue, pour crier son amertume. Il est simple, comme nous, comme vous, comme eux.

C’est la fin de cette série sur la Colombie et son contexte social. C’est la fin d’une nuit en Amérique Latine, avant qu’un nouveau jour se lève.

Sources et morceaux : 

  • La Múcura - Somos Colombia

  • Mickael y Jan Carlos - Impro Visa Arte

  • Edson Velandia - Emilio

 

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