LES LEADERS ASSASSINÉS

On compte malheureusement par milliers les leaders sociaux, écologistes, journalistes, professeurs et étudiants assassinés sur le continent qui, de par leur activisme, dérangeaient la classe dirigeante.

Retour sur plusieurs portraits de militant(e)s et sur leur lutte.

 
berta_caceres_3.jpg

EPISODE #1
#BERTAVIVE

"Dans nos cosmovisions, nous sommes des êtres nés de la terre, de l'eau et du maïs. Des rivières nous sommes les gardiens ancestraux, le peuple Lenca, protégés par les esprits des jeunes filles qui nous enseignent que donner la vie de multiples façons pour la défense des rivières, c'est donner la vie pour le bien de l'humanité et de cette planète.

Le COPINH, marchant avec d'autres peuples pour son émancipation, ratifie l'engagement de continuer à défendre l'eau, les rivières et nos biens communs et la nature, ainsi que nos droits en tant que peuples.

Réveillons-nous! Réveillons-nous Humanité! Il n'y a pas de temps.

Nos consciences seront ébranlées par le fait que nous n'envisageons que l'autodestruction fondée sur la déprédation capitaliste, raciste et patriarcale.

La rivière Gualcarque nous a appelés, ainsi que d'autres qui sont gravement menacées dans le monde entier. Nous devons nous secouer.

La Terre Mère militarisée, encerclée, empoisonnée, où les droits élémentaires sont systématiquement violés, nous oblige à agir.

Construisons alors des sociétés capables de coexister de manière juste, digne et pour la vie.


Rassemblons-nous et continuons à défendre et prendre soin du sang de la terre et des esprits."

Discours de Berta Caceres, lors du Prix Goldman 2015 - San Francisco (USA)


Le Honduras est un pays d’Amérique centrale, peuplé par un peu plus de 9 millions d’habitants, et qui a connu, en 2009, un coup d’état fomenté par les élites économiques et les multinationales établies dans le pays,  qui craignaient le rapprochement du celui-ci avec l’ALBA, l’alliance Bolivarienne pour les Amériques. 


Cette organisation, créée en décembre 2004 à La Havane, en opposition à la proposition d’une zone de libre-échange des Amériques, assume des positions de défense des droits de la Terre-Mère et des droits de l'Homme, ainsi que le rétablissement de la paix et pour l'autodétermination des peuples.


Depuis ce coup d’état que nous pourrions qualifier de « politico-économique », le gouvernement hondurien a accordé aux multinationales, souvent proche du pouvoir, l’ouverture de 89 concessions minières et hydroélectriques. Au moins 177 rivières ont été affectées ces dernières décennies. Les sols s’assèchent et les cultures rapportent moins, provoquant l’appauvrissement d'une partie des paysans.


Si ces derniers luttent, à travers des collectifs locaux et des organisations de défense de la terre, le nombre d’assassinats de militants écologistes donne le vertige : 130 ont été abattus entre 2009 et 2019. Par qui ? Par quoi ? 

Berta Isabel Caceres Flores est née le 4 mars 1971 dans la petite ville de La Esperanza, située à l’ouest du pays, berceau de la culture Lenca.

Berta Caceres a grandi dans cette zone rurale où l'effort et le travail, le dévouement à la terre de la part des paysans et de leurs communautés n'étaient pas nécessairement reconnus. Toute petite, elle voyait déjà ses parents, ses frères et sœurs mourir à cause du travail, de l'oppression et de la violence institutionnelle.

Berta a vite reconnu que la cause de tous les maux pour les pauvres et les indigènes d'Amérique était le pouvoir de l'homme blanc, le même qui, il y a des siècles, avait transformé ce beau continent en un lieu de souffrance, de violence et de douleur. Dès son plus jeune âge, alors qu'elle était encore adolescente, elle a rejoint la lutte pour la défense des droits des autochtones, le libre accès aux terres sur lesquelles ceux-ci travaillaient et le rétablissement des idéaux précolombiens.

Leader indigène Lenca, elle co-fonde, en 1993, le COPINH, le Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras et recevra en 2015 le Prix Goldman, considéré comme la plus grande reconnaissance internationale pour les défenseurs de l’environnement.

Le COPINH est une organisation sociale et politique, qui revendique la reconnaissance des droits politiques, sociaux, culturels et économiques des peuples et des communautés indigènes Lenca. Dans sa ligne de mire : le capitalisme, le patriarcat et le racisme. 

Les membres du COPINH militent pour le respect de leur droit à un consentement libre, dans le cadre de méga-projets qui menaceraient leur territoire et les forcerait à quitter leurs terres ancestrales. 

Berta s’implique particulièrement dans une campagne pour la protection de la rivière Gualcarque dans la région de Rio Blanco, et contre le projet de barrage hydroélectrique Agua Zarca, développé par l’entreprise hondurienne FICOHA, la DESA et la multinationale chinoise SINOHYDRO. En 2010, soit un an après le coup d’Etat, ces trois entreprises ont obtenu de la part du gouvernement, une licence d’exploitation de la rivière Gualcarque d’une durée de 20 ans.

Alors que dans la cosmovision Lenca, le cours d’eau est sacré, les habitants de la région n’ont pas été concertés pour ce projet. 

L’entreprise DESA est alors dirigée par David Castillo, ancien militaire et époux de Gladis Aurora Lopez, vice-présidente du congrès Hondurien et présidente du parti national, au pouvoir. La collusion entre le monde économique, le pouvoir politique et l’armée devient évidente, dans ce pays parmi les plus inégalitaires et les plus violents au monde.

Berta Caceres lutte aux côtés des communautés Lenca, et dénoncent pas moins de 47 concessions attribués à des multinationales depuis 2009. Elle dénoncera de nombreuses menaces de mort, un harcèlement sexuel permanent, et les menaces en tout genre reçues de la part de l’ancien colonel des forces aériennes honduriennes, Douglas Geovanny Bustillo, devenu entre temps chef de la sécurité de DESA.

En 2015, les menaces deviennent de plus en plus nombreuses. Elle est suivie, des motos chevauchées par des hommes cagoulées s’arrêtent régulièrement à côté de son véhicule et la regarde, droit dans les yeux.

Sa mère et ses quatre enfants décident de quitter le pays. Berta ne souhaite pas abandonner le combat et prend alors des précautions. Elle dort chaque nuit dans un endroit différent, ne répond que très peu au téléphone, apparaît de moins en moins en public et sort toujours accompagnée. La Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme demande une protection particulière mais la police ne l’accompagne que très peu...

Le soir du 2 mars 2016, Berta décide de dormir chez elle, dans sa maison de La Esperanza. Elle est accompagné de Gustavo Castro Soto, un militant écologiste mexicain, notamment membre de l’ONG Amis de la Terre.

Peu après 23h30, Berta et Gustavo entendent que deux personnes entrent dans la maison, après avoir défoncé la porte principale. Berta demande qui est là… quand un tueur un gage entre dans sa chambre, pointe son arme vers elle, et tire trois coups de feu. Berta s’écroule sur le sol. Dans l’autre chambre, les assaillants tirent également sur Gustavo qui, blessé, fera le mort en attendant que les tueurs s’en aillent. A leur départ, il se précipite dans la chambre de Berta et la trouve inerte. 

Elle mourra quelques minutes plus tard.

On a tué Berta Caceres, aussi lâchement qu’on la menaçait.

Dès le lendemain, les associations s’insurgent et le pays est sous le choc de cette nouvelle. Des milliers de personnes assisteront aux funérailles de Berta  Caceres le 5 mars 2016.

Depuis cet événement tragique, plusieurs personnes ont été arrêtées et condamnées : 

- d’abord, les auteurs du crime, le soir du 2 mars, notamment Edilson Duarte, un jeune tueur à gage de 25 ans qui s’est dénoncé, 

- mais aussi certains des auteurs intellectuels et organisateurs présumés de l’assassinat comme Sergio Rodriguez, gérant de la DESA au moment des faits, Douglas Bustillo, ancien chef de la sécurité et Mariano Diaz, alors major de l’armée hondurienne.


Le Président du groupe DESA, David Castillo, accusé d’être le commanditaire du crime, est détention provisoire suite à son arrestation en mars 2018 à l’aéroport de San Pedro Sula, alors qu’il tentait de quitter le pays. Le début de son procès a été reporté à de multiples occasions. Aussi, la richissime famille hondurienne Atala Zablah, propriétaire de l’entreprise DESA, est également considérée comme responsable par la famille de Berta Caceres et le COPINH.

Depuis quatre ans, ces derniers demandent la mise en place d’une mission indépendante qui permettra de mener à bien le procès des responsables de l’assassinat.

Depuis ces faits, et malgré la couverture internationale de l’assassinat, le COPINH dénonce d’autres attaques de ses militants, comme le meurtre de Nelson Garcia le 15 mars 2016 dans le département de Cortes, soit 15 jours après celui de Berta. 

En 2019, les défenseurs des Droits Humains au Honduras ont comptabilisé plus de 20 leaders sociaux, environnementaux, journalistes ou de mouvements étudiants assassinées pour des raisons politiques et des avis contraires au gouvernement du président Juan Orlando Hernandez.

Cet épisode est un hommage à Berta Caceres, à sa famille, au COPINH, à sa mère, et à toutes les personnes en lutte.

Nous avons symboliquement fait le choix de ne pas traduire les paroles de Berta, pour que sa voix résonne.


La voz lenca no se calla, la voz de Berta no se calla

Berta Vive, el COPINH sigue.

Sources et morceaux : 

  • Berta Caceres – Discours Prix Goldman 2015

  • Hugo TSR - Ambition Instrumental

  • Ballet folckorico Oro Lenca

  • Mi tierra bella Honduras

  • Evelyn Cornejo - Alerta

 

EPISODE #2
LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Selon Reporters sans Frontières, en 2019, plus de 30% des assassinats de journalistes dans le monde ont été commis au Mexique. Si cette statistique en fait le pays le plus dangereux pour la presse, elle révèle surtout l’impunité quasi-totale pour les commanditaires de ces assassinats, bien souvent liés au monde politique.


Entre 2006 et 2018, sous les mandats des présidents Felipe Calderon et Enrique Peña Nieto, on dénombre pas moins de 112 cas d’assassinats et de disparitions de journalistes.


Le gouvernement de gauche du président Andres Manuel Lopez Obrador a promis des réformes pour endiguer cette violence quotidienne, la corruption de l’Etat, et protéger la presse dans ce pays classé au 144ème rang au Classement mondial de la liberté de la presse 2019, publié par RSF.


Plus généralement, on constate que le continent américain est le théâtre d’une corruption et d’une violence institutionnelle, dont les statistiques font froid dans le dos. Le Mexique donc, mais aussi la Colombie, le Brésil ou encore le Honduras se distinguent comme les pays les plus meurtriers pour les professionnels de la presse, surtout quand ces derniers enquêtent sur les violations des droits de l’Homme, le crime organisé, la corruption ou encore le narcotrafic. Cuba et le Venezuela sont également dans la ligne de mire concernant la pression exercée sur la presse indépendance. Rappelons qu’aucun des six pays cités n’est officiellement en guerre… 


Pression, censure, enlèvements, assassinats… Les journalistes d’Amérique Latine, qui couvrent l’actualité via une presse indépendante, sont souvent livrés à eux-mêmes…

Au Mexique

Entre la cité des dieux Teotihuacan, le ballet annuel de millions de papillons monarque ou la cuisine traditionnelle, reconnu au patrimoine mondial de l’Unesco, le Mexique est le 6ème pays le plus visité au monde.
Grand comme presque 4 fois la France, il compte 2 fois plus d’habitants.
Il abrite plus de 10% de la biodiversité mondiale et en plus de l’espagnole, 68 langues indigènes sont reconnues comme langue nationale.

Mais parmi toutes ces langues, l’une peine à se faire entendre. 

Il s’appelle Javier Valdez Cardenas, et est né le 14 avril 1967, à Culiacàn, une ville du Nord Ouest du Mexique.
Après des études en sociologie, il commence sa carrière de journaliste sur une chaîne de télévision nationale, puis rejoint à 32 ans La Jornada, un quotidien de référence et relai des problèmes sociaux.
Tout en restant reporter, il fonde l’hebdomadaire Rio doce, consacré à la couverture du crime organisé et de la corruption dans l'état de Sinaloa. Un état où sévit notamment le cartel d’El Chapo, l’un des plus puissant du Mexique.
Passionné et engagé, particulièrement contre le narco trafic, il est en parallèle correspondant de plusieurs médias internationaux, dont l’AFP, et écrivain.


En 2011, il est récompensé par le prix international pour la liberté de la presse après avoir publié son livre “Narcoperiodismo, la prensa en medio del crimen y la denuncia" (Narcojournalisme, la presse entre le crime et la dénonciation).


Mais lors de la remise de prix il inverse les rôles, et dénonce :

“Je suis journaliste depuis 21 ans et je n’ai jamais souffert auparavant avec une telle intensité, et avec autant de dangers.

A Culiacàn, dans l’état de Sinaloa au Mexique, c’est un danger d’être vivant, et faire du journalisme, c'est marcher sur une ligne invisible dessinée par les méchants, ceux qui sont dans le narcotrafic et ceux qui sont au gouvernement, sur un terrain rempli d’explosif. C’est ce que la majorité du pays traverse. On doit prendre soin de tout et de tout le monde. Il n’y a ni solution ni salut, et souvent personne vers qui se tourner.
C’est pour cela qu’il est important de compter sur la famille et les amis, les journalistes et les médias comme La Jornada, un quotidien duquel je suis correspondant et l'hebdomadaire Riodoce, que j’ai fondé.
Dans mes livres, Miss Narco et Los morros de los Narcos, j’ai décrit la tragédie dans laquelle le Mexique vit. Une tragédie dont nous devrions avoir honte.
La jeunesse nous rappellera cela comme une période de guerre.
Elle a son ADN tatoué de balles, de fusils et de sang.
C’est une manière de tuer notre lendemain.
Nous sommes les assassins de notre propre futur.

Est ce une guerre ? Oui. Mais pour le contrôle des drogues. Nous, les citoyens, fournissons les morts. Et les gouvernement, du Mexique et des Etats unis, les armes. Eux, les éminents et invisibles, à l’extérieur et à l’intérieur des gouvernement, retirent les profits.

Je dédie ce prix aux courageux journalistes, aux enfant et jeunes, qui vivent une mort lente. Je préfère donner un visage et un nom aux  victimes pour créer un portrait de ce triste et désespéré panorama. Pour avancer a pas de géant et par les raccourcis à travers l’apocalypse, à la place de compter les morts et de les réduire à des chiffres.

Ce prix est comme un phare à travers la tempête. Un port à l’horizon.
A Riodoce, nous expérimentons une solitude macabre, parce que rien de ce que nous publions n’a d’échos ou de soutiens, et cette désolation nous rend encore plus vulnérable. 

Malgré tout cela, avec vous et ce prix, je peux dire que j’ai un endroit où m’abriter, et me sentir moins seul."

Le 15 mai 2017, à Culiacan, il est dans sa voiture, à deux pas de la rue du Rio doce. Deux hommes l’interceptent, le forcent à sortir au milieu de la rue et à s’agenouiller. 12 balles le font taire.

Javier Valdez Cardenas a été tué pour le silence. Javier Valdez Cardenas est mort d’avoir dit.

Le chauffeur des deux hommes a été condamné en février dernier à près de 15 ans de prison. C’est un fait rare dans le pays, ou le meurtre de journaliste reste malheureusement souvent impuni.

Le Mexique est 144eme sur 180 au classement mondiale de la liberté de la presse de Reporter sans frontière. Plus de 100 journalistes ont été tués au Mexique depuis 2000. 

Les journalistes sont bâillonné par l’autocensure et subissent les violences de problèmes sociétaux profond. Entre les cartels, qui évoluent rapidement et l’état, plus lent et miné par la corruption, ils sont pris entre deux feux.


Ya Basta crient les survivants. Ça suffit.

Sur le continent

Mais alors, où en est la Liberté de la Presse en Amérique Latine en général ?


Chaque année, Reporter Sans Frontières fait un classement mondial de la Liberté de la Presse. Une belle carte aux couleurs qui vont de noir à beige (les pays en noir étant les pires pays niveau liberté de la presse.)

Et même si l’Amérique Latine n’est pas le pire continent, le constat de Reporters sans frontière n’est pas très joli.

Anthony Bellanger est secrétaire générale de la Fédération Internationale des journalistes, qui représente 600 000 journalistes dans 136 pays du monde. Comme il l’explique, la liberté de la presse ne peut pas vraiment se mesurer. Mais la violence envers les journalistes, si : 

“Il est toujours difficile de parler de liberté de la presse pour un continent entier, voire un très grand continent comme celui de l’Amérique Latine, l’Amérique Centrale et des Caraïbes. La liberté de la presse, ça ne se mesure pas, contrairement à ce qu’on peut penser. On n’est pas dans une entreprise de petits pois dont on pourrait mesurer les kilos.

En revanche, on se rend compte malheureusement que l’Amérique Latine est toujours la zone la plus dangereuse du monde pour les journalistes, encore en 2019, puisque l'on enregistre encore des taux extrêmement hauts : plus de 18 journalistes ont été tués sur le continent sud-américain. Donc voilà, s’il est très difficile de savoir où en est la liberté de la presse, en revanche on sait que la violence est toujours présente sur le continent et elle a lieu notamment en lien avec toutes les questions de narcotrafic, de corruption qui malheureusement gangrène le continent entier”

En 2019, 10 journalistes ont été tués au Mexique, 3 en Honduras, 2 au Brésil, 2 à Haiti et un en Colombie. 

Et le pire élève, encore une fois selon Reporters sans Frontières, c’est Cuba. Il est 169ème sur 180. C’est le seul pays d’Amérique Latine qui apparaît en noir sur la carte. Comme l’écrit Reporters Sans Frontières : « Autoproclamée république socialiste à parti unique, Cuba reste année après année le pire pays d’Amérique latine en matière de liberté de la presse. »


Mais selon Anthony Bellanger, le vrai problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il se passe sur l’île : 

“A Cuba, on a enregistré aucun mort récemment. On sait juste que la liberté de la presse est quand même compliquée. Mais nous n’avons pas de membres en tant que tel à Cuba, donc pour nous il est très difficile d’avoir des informations étayées. Donc malheureusement, je n’ai pas beaucoup plus d’informations sur Cuba à part dire qu’il est très difficile d’en avoir sur cette petite île.”

Cependant, les choses tendent quand même à s'améliorer. Même si ce n’est pas gagné, on voit tout de même peu à peu des progrès comme par exemple l’amélioration de l’accès à internet sur Cuba. 

Un autre des mauvais élèves, et qui a tendance à s’empirer depuis quelques temps, c’est le Venezuela, encore une fois selon reporters sans frontières.

Là-bas, pas d’espoir d’amélioration à l’horizon. Pour l’instant, la liberté de la presse a tendance à reculer. Le pays ne fait que régresser depuis 2014. Il faut dire que le président depuis 2013, Nicolas Maduro, s’attache à bien contrôler l’information et les médias. Et depuis quelques années, la répression s’est intensifiée. Violences contre les journalistes, arrestations arbitraire, exil … les journalistes indépendants sont devenus une vraie cible du gouvernement. 

Les autres pays dans le rouge sont nombreux : Bolivie, Nicaragua, Guatemala, Colombie, Honduras, et forcément, le Mexique. 

Mais pour Anthony, d’autres pays l’inquiètent aussi, comme le Brésil : 

“On a aussi, malheureusement, compté beaucoup plus de violence au Brésil depuis l’arrivée du Président Bolsonaro et on se rend compte que c’est beaucoup plus compliqué pour les journalistes de faire leur travail.”

Dans un grand continent où la liberté de la presse est plutôt moyennement respectée, il y a tout de même deux pays qui font office de meilleurs élèves : L’Uruguay, 19ème, et Le Suriname, 20ème.

Alors oui, ils ont l’air de deux petits points perdus dans une vague de couleurs orange et rouge, mais il faut savoir aussi souligner le positif ! 

Le constat de la liberté de la presse n’est pas non plus tout noir.

Selon l’UNESCO, on progresse un peu : 19 pays d’Amérique latine et des Caraïbes disposent de lois nationales relatives à la liberté d’information. Et dans cette liste, il y a notamment le Mexique, Honduras et le Nicaragua…


Alors au niveau juridique, les choses avancent. Lentement, certes, mais elles avancent. Le problème est plutôt de lier la théorie à la pratique.

La liberté de la presse est un sujet sensible en Amérique Latine, où il reste toujours très difficile d’exercer le métier de journaliste, et pas seulement de manière indépendante. Les grands médias souffrent également de la pression d’Etat, et de la corruption qui ronge les rouages de démocraties parfois naissantes.


Cet épisode s’inscrit dans une série consacrée aux leaders, journalistes, militants ou défenseurs des Droits de l’Homme, menacés et/ou assassinés sur l’ensemble du continent.

Retrouvez nos épisodes sur les militants écologistes, sur les défenseurs  de la cause LGBT, ainsi que sur les leaders sociaux, sur notre site internet www.asso-unidos.com, ainsi que sur l’ensemble des plateformes.


N’oublions pas que les médias, quels qu’ils soient, sont à eux seuls un pouvoir.

Un pouvoir appartenant souvent aux peuples, un pouvoir qui dérange...

Et comme l’a indiqué Paul Velazquez, un journaliste mexicain victime d’agressions à répétition, lors d’une conférence de presse le 6 février dernier, et dont l’objectif était de s’adresser au président Obrador : 

"Presidente, nos están matando, no lo olvide, por favor, nos están matando"

Sources et morceaux : 

  • Mariachi – Camperos de Chiapas

  • Molotov - Hit me

  • Demi portion - Laisse pas tomber

  • Himno de los periodistas bolivianos

  • Himno cubano

  • Artistos unidos para el Venezuela - Vamos bien

  • Anthony Bellanger - Secrétaire Général de la FIJ

  • rsf.org

 
Sans titre.png

EPISODE #3
EN COLOMBIE

Drôle d’époque…

Depuis quelques temps, sortir dans lar ue me fait peur

Peur? Peur d’être frappé par un mal inconnu

Inconnu ? L’inconnue de revoir mes parents demain

Demain? Et demain… pourrais-je encore rêver à un monde meilleur ?


“El martillo impacta la aguja

La explosión de la pólvora con fuerza empuja

Movimiento de rotación y traslación

Sale la bala arrojada fuera del cañón

Con un objetivo directo

La bala pasea segura y firme durante su trayecto

Hiriendo de muerte al viento, más rápida que el tiempo

Defendiendo cualquier argumento

No le importa si su destino es violento

Va tranquila, la bala, no tiene sentimientos

Como un secreto que no quieres escuchar

La bala va diciéndolo todo sin hablar

Sin levantar sospecha, asegura su matanza

Por eso tiene llena de plomo su panza

Para llegar a su presa no necesita ojos

Y más cuando el camino se lo traza un infrarojo “

-

“Le chien frappe le percuteur,

l'explosion de la poudre pousse avec force.

Mouvements de rotation et translation,

la balle est lancée hors du canon

avec un point cible.

La balle se promène décidée et sûre d'elle pendant son trajet,

elle blesse mortellement le vent, elle est plus rapide que le temps

pour défendre n'importe quel argument.

Elle s'en fiche si son destin est violent,

elle va tranquillement, la balle n'a pas de sentiments.

Comme un secret que tu ne veux pas écouter,

la balle dit tout sans forcément parler.

Sans éveiller des soupçons, elle assure son massacre,

c'est pourquoi elle est remplie de plomb.

Pour atteindre sa proie, elle n'a pas besoin de regarder

et surtout quand son chemin est tracée par un infra-rouge.”

Calle 13 - La Bala

Comme vous l’aurez peut-être compris, nous ne parlerons pas aujourd’hui de coronavirus, mais d’un mal qui frappe quasi quotidiennement paysans, activistes, militants, ex-guérilleros … ils défendent leurs terres, la paix, les droits fondamentaux…  Ce mal frappe particulièrement la Colombie, mais aussi dans le reste du continent le Brésil, le Guatemala, le Honduras, le Mexique.

Pourtant, le gouvernement colombien continue de nier l’assassinat de ces hommes et femmes, et donc de protéger leurs vies. Depuis début 2020, chaque journée voit un leader social assassiné, une tendance que le même le coronavirus et les mesures de confinement ne semblent freiner.

Nous avons choisi de clôturer ce cycle sur l’assassinat des leaders sociaux avec Andrés Montes Zuluaga  , comédien de à Cali en Colombie et qui traite ce sujet par son œuvre.

Andrés répertorie les assassinats de leaders sociaux, indigènes et environnementaux sur le territoire colombien, puis rend hommage à ces derniers à travers une performance artistique au cours de laquelle chaque assassinat est symbolisé par une chute photographiée.

Chaque photo est légendée par un texte contextualisant l’assassinat et expliquant les causes que défendaient les victimes.

La performance d’Andrés évolue de jour en jour car elle suit, malheureusement, l’actualité quotidienne en Colombie.

Nous avons demandé à Andrés de nous partager les quatre assassinats qui l’ont le plus marqué et il nous partagé les extraits qui vont suivre, et que nous avons traduits.

Retrouvez ce travail et les portraits des leaders sur sa page andresmontessuluaga.com.

Chute #1

En commémoration de

Benjamin Banguera Rosales.

1er janvier 2020.

Colombie, Cauca, Guapi.


Voici les mots de Benjamin :

«Je vous en prie, je vous en prie, formons des mouvements dans lesquels nous nous sentons tous en sécurité et fermes; et ceux qui gèrent notre budget, pour toutes les communautés, s’il vous plaît, veuillez assurer le suivi afin que la nouvelle génération, [...] les enfants ne meurent pas de faim."


Benjamin faisait partie de la guérilla des FARC, a signé la paix et en a fait son combat. Deux hommes se sont approchés de lui et l'ont tué en tirant deux coups de feu.

Depuis la mise en œuvre de l'accord de paix en Colombie, le 1er décembre 2016 et jusqu'à aujourd’hui, au 15 mars 2020, 189 personnes qui avaient abandonné la lutte armée ont été assassinées.


*Source

 Radio https://www.contagioradio.com/reconciliemonos-todos-benjamin-banguera-excombatiente-asesinado-guapi/

Date de la photographie : 02-01-2020.
Lieu : Teotihuacán, México.
Photographie : Maud Madlyn.

Chutes #13 et #14

#13 : En commémoration de

Amparo Guejía Mestizo.

10-01-2020.

Colombie, Cauca, Caloto, réserve indigène Huellas.


#14 : En commémoration de

Juan Pablo Dicué Guejía.

10-01-2020.

Colombie, Cauca, Caloto, réserve indigène Huellas.

"Amparo et son fils Juan Pablo ont été forcés de descendre d'un véhicule et avant qu’on ne les abatte. Un jeune fils avec lequel ils voyageaient a survécu et a été abandonné dans une maison voisine par les tueurs. Amparo et Juan Pablo se battaient pour la libération de la terre mère et faisaient partie de la communauté indigène Nasa.

Le mouvement des paysans sans terre: petits-enfants de Manuel Quintín Lame, a déclaré ce qui suit:

«C'est un fait que nous rejetons avec une totale véhémence. La mort ne peut pas être la solution pour résoudre les problèmes sociaux de ce pays, au contraire, elle approfondit les plaies de haine et de rancune. »


*SourceHTTP://BIT.LY/COMUNICADONIETOSQUINTINLAME

Date de la photographie : 14-01-2020.
Lieu : Real del Monte, México.
Photographie : Andrés Montes Zuluaga

Chutes #36 et #37


#36 : En commémoration de

Jhonatan Perez Borja.

30 janvier 2020.

Colombie, Valle del Cauca, Candelaria.

#37 : 

En commémoration de Iván Giraldo Fúqueme.

30 janvier 2020.

Colombie, Valle del Cauca, Candelaria.

"Jhonatan et Iván ont été assassinés par des tueurs à gages le 30 janvier 2020 à Candelaria, Valle del Cauca. Très, très près de l’endroit où j'enregistre ceci. Jhonatan était candidat à la mairie et Iván au Conseil de la Candelaria pour le mouvement Colombia Humana et le Parti Polo Democrático. Les deux faisaient un travail de contrôle politique dans leur localité pour dénouer les cas de corruption dans lesquels l'actuel maire est impliqué. Les partis auxquels ils appartenaient sont reconnus par l'opposition au paramilitarisme et au génocide dont souffre la Colombie."

*Source

Date de la photographie : 31-01-2020.
Lieu : Cali, Colombia.
Photgraphie : Javier Álvarez Galeano. — en Teatro al Aire Libre Los Cristales.

Chute #71

En commémoration de

Arley Enrique Chalá.

4 mars 2020.

Colombie, Valle del Cauca, Cali.

"Arley a été tué par 18 coups de feu le mercredi 4 mars 2020 à Cali, Valle del Cauca. Il était garde du corps de personnes qui ont subi des menaces en Colombie.

Chalá a protégé la vie du leader social Leyner Palacios de Bojayá, dans le Chocó, membre de la Pacific Inter-Ethnic Truth Commission. Leyner a dû quitter ses terres à la mi-janvier de cette année en raison de menaces sérieuses qu'il a reçues, raison pour laquelle il a cherché refuge à Cali.

Je suis particulièrement terrifié par ce cas, car il s'agit du premier décès cette année à Cali; dans ma ville, et imputé au génocide colombien. J'entends les pas de la tanato-politique se rapprocher. Si je ressens cela, je ne peux imaginer comment les proches d'Arley, ceux de Leyner et des 77 autres victimes de ces meurtres en série et de ce génocide, vivent cette réalité."


*Source 

Date de la photographie : 04-03-2020.
Lieu : Cali, Colombie.
Photographie : Andrés Montes Zuluaga.


La réalité fait froid dans le dos, les leaders sont les grands oubliés des accords de paix, défaits petit à petit par l’actuel gouvernement colombien.

Comment avoir confiance ? De qui s’agit-il ? Pourquoi ?

Pour conclure, Andrés Montes Zuluaga nous a partagé un dernier enregistrement qui reprend les mots de Leyner Palacios, un leader social communautaire de la région du Choco.

Merci Leyner, Merci Arley, Merci Andrés, merci à tous les autres qui sont tombés pour leur lutte. Nous ne vous oublions pas.

"Je partage un extrait de l'interview de Leyner Palacios, un combattant de la paix qui cette année a été menacé, suite à quoi il a été contraint de déménager:

 

Le journaliste demande en quoi consiste le travail d'un leader social dans le pays?

 

Leyner répond: […] Un leader social est le représentant le plus légitime et le plus direct de la démocratie. C'est une personne qui promeut la participation et le dialogue au sein des communautés, recherche le consensus, la réconciliation, c'est-à-dire les valeurs de paix.

 

Le journaliste demande: pourquoi les tuent-ils davantage maintenant?

 

Leyner répond: Pour la même raison. Après la signature des accords de paix, nous avons vu que c'était une réelle possibilité de commencer à construire un meilleur pays. Et, bien sûr, ceux qui croient à la guerre nous voient comme un obstacle. Depuis la signature de la paix, 650 dirigeants sociaux, tous sans défense, ont été assassinés en Colombie. C’est une tragédie, un génocide.

 

Le journaliste commente: Ces vies sont emportées en quelques secondes ...

 

Leyner interrompt et ajoute: Oui, dans les attentats. Ils cherchent à nous faire taire car notre objectif est de faire respecter l'un des axes de l'accord de paix: celui de la construction de la vérité, de la clarification du conflit armé. Il y a des gens qui ne veulent pas que la vérité soit connue et c'est pourquoi ils tuent.

 

Le journaliste demande: Comment dormez-vous?

 

Leyner répond: vous dormez peu et les nuits deviennent très longues. Vous ne voulez pas que le soleil se lève pas car vous savez qu'il est temps de sortir et de vous exposer. L'agresseur est à l'affût. Avant l'aube, je me dis: «Aujourd'hui, c'est le jour, aujourd'hui ils vont me tuer.”

*Source 

https://www.eltiempo.com/politica/proceso-de-paz/leyner-palacios-su-testimonio-de-por-que-lo-quieren-quitar-del-camino-470144

Sources et morceaux : 

 
Marielle.jpg

EPISODE #4
MARIELLE FRANCO

14 mars 2018, 21h30, Marielle Franco sort d’une réunion sur le rôle des femmes noires dans la société brésilienne près de la mairie de Rio de Janeiro. Accompagnée de son attachée de presse, elle monte abord de sa voiture, conduite par son chauffeur, Anderson Pedro Gomes. Quelques minutes plus tard, le véhicule est attaqué par plusieurs assaillants. Marielle et Anderson décèdent sur le coup, tous deux atteints de plusieurs balles dans la tête, son attachée de presse s’en sortira miraculeusement sans blessure.
Marielle Franco occupait le poste de conseillère municipale à la mairie de Rio. Elle était une femme, elle vivait dans une favela, elle était noire et elle était lesbienne.


En 1979, le Brésil vit sous le régime militaire dictatorial mis en place par le coup d’état de 1964. Coup d’état orchestré par l’armée brésilienne sous la houlette du général Castelo Branco. Lui, tout comme ses successeurs, préfèrerons parler de « révolution » pour instaurer la démocratie face à la menace communiste. En dictature, le choix des mots est important.
La révolution on l’aura vue, en revanche pour la démocratie c’est plus compliqué… depuis l’instauration du régime les généraux se succèdent à la tête de l’état tous les 5 ans dans des simulacres d’élections. Au programme : suspension de la constitution, censure, abrogation de la plupart des libertés individuelles, arrestations arbitraires, disparitions ou encore incarcérations politique.

Mais voilà, en 1979 c’est Joao Figueiredo qui est président et conduit la politique d’abertura entamée par Ernesto Geisel son prédécesseur. Il s’agit pour le gouvernement de progressivement desserrer l’étau sur la société et tourner la page de l’autocratie. C’est dans ce Brésil d’une dictature à bout de souffle que né le 27 juillet 1979 Marielle Franco, à Complexo de Maré, dans une favela du nord de la ville où s’entassent près de 150 000 personnes.

A partir de la naissance de Marielle, les choses vont progressivement et sensiblement évoluer. En 1985, sous la pression d’une crise économique généralisée sur le continent, des mouvements syndicalistes et de la corruption ruineuse des militaires, le régime cède. Le pays entre dans une ère démocratique.


La fin des années 1990 et le début des années 2000 sont pour Marielle empreints de plusieurs événements qui vont marquer le début de son engagement. Alors qu’elle est sur le point de passer son baccalauréat, une de ses amies proches est touchée mortellement par une balle perdue d’un affrontement entre policiers et trafiquants de drogues. C’est ce jour-là que son engagement en faveur des droits humains né.

A 19 ans, elle devient à la fois mère d’une petite fille et étudiante, une des deux seules Noire de sa promotion. Faire de la politique la favela dans la peau est quelque chose de particulier et c’est elle qui en parle le mieux.


« C’est une chose d’être née et de vivre dans une favela, c’en est une autre de clamer et utiliser cette position de favelada pour faire de la politique d’une autre façon. Les femmes qui vivent à Maré ne sont pas encore dans les débats sur les cisgenres, transgenres, binaires, je pense que c’est un sujet que les mouvements féministes doivent mettre sur la table. Comme le sont les débats sur l’avortement, l’autonomie. Mais après il faudra aussi parler des crèches, de la place des femmes dans la favela, comment ces femmes sont vulnérables face à la violence. Par exemple : comment se sentent-elles par rapport à la violence, comment elles le vivent ? Pour moi toutes ces conversations doivent être abordées par le genre."

C’est à ce moment-là que Marielle Franco engage son combat pour les faveladas et pour les femmes. Le rôle et les droits des femmes au Brésil ont été fortement impactés par les cultures ibériques, dans lesquelles les femmes sont subordonnées aux hommes dans les relations familiales et communautaires.

Cependant, le Brésil est l’un des pays où le mouvement des femmes est le plus organisé en Amérique latine.


Depuis 2000, Marielle Franco en faisait partie et veut revoir, réinterpréter le rôle des femmes, des femmes noires et des femmes dans les favelas. Aider à leur émancipation et braquer les projecteurs sur elles, sur ce qu’elles font, sur leur rôle dans la communauté.


En 2002 elle obtient un master en sciences sociales à l’université de Rio et commence à travailler dans différentes structures comme la Brasil Foundation ou le Centre d’Actions Solidaires de Maré. La même année, un ancien métallurgiste et syndicaliste ayant notamment participé à la chute du régime militaire arrive au pouvoir, c’est un certain Lula. Au programme allocations familiales, programmes alimentaires, aide au logement et même vaste plan de 2,6 milliards d’euros pour améliorer les conditions de vie dans les favelas. Raccordement à l’eau potable, au tout à l’égout, à l’électricité ou encore goudronnage des voies principales, voilà ce dont bénéficient les faveladas. Marielle prend son envol dans un Brésil qui tente de gommer les inégalités, du moins qui donne de l’espoir. En 2006 justement, elle s’engage en politique et intègre l'équipe de campagne de Marcelo Freixo, membre du PSOL le parti socialisme et libertés, dans le cadre des élections à l'Assemblée législative de l'État de Rio de Janeiro. Après l'élection de ce dernier, elle est nommée conseillère parlementaire du député et assure la coordination de la Commission pour la défense des droits de l'homme et de la citoyenneté de l'Assemblée législative. 


« Cet endroit, qui est entouré de violence, où l’on est de partout exposé à l’oppression, on ne peut pas l’accepter ! On ne peut pas normaliser que l’on s’y sente mal en y entrant s’il n’y pas de lumière ou qu’on entende un agent de sécurité dire « c’est bon j’ai encore tué personne » lorsqu’on en sort. On va entrer, on va sortir, on va faire de la politique, on va traîner, on va se montrer et c’est quelque chose qui me rend fière »


L’année 2010 marque un tournant pour les homosexuels puisque les couples acquièrent le droit d’adopter des enfants, la définition laïque du concept de famille est modifiée et leur ouvre les droits classiques de tout couple.

Des avancées qui touchent directement Marielle puisqu’elle vit officiellement en couple avec une femme. En 2016, elle poursuit son chemin en politique et se présente aux élections municipales de Rio avec un programme fondé sur trois idées directrices :

« Alors ensemble et collectivement, nous pouvons mettre le débat de la favela et du genre sur la table dans cette ville si excluante. Et c’est là-dessus qu’est basée la campagne, sur 3 piliers : genre, ethnie – noire ou indigène, qui sont ces femmes noires dans la favela, leurs enfants, leurs pertes, leurs combats, leur travail. Donc ce trio : genre, ethnie et ville. » 

Si elle n’est pas élue, sa campagne représente pour autant un franc succès et le nombre de voix qu’elle obtient lui permet de briguer un poste de conseillère municipale. Pendant les deux années où elle occupera cette fonction elle proposera 16 lois pour Rio et réussira à en faire voter deux : l’un portait sur la régularisation des moto-taxis, important moyen de transport dans les favelas. L’autre sur les contrats conclus par la mairie avec des organisations sociales de santé, cibles fréquentes d’enquêtes sur la corruption. Présidente de la Commission de défense de la femme, Marielle Franco a également consacré beaucoup de temps à compiler des informations sur la violence de genre à Rio, la protection des droits reproductifs des femmes et les attaques contre les LGBTI. Dans le Brésil de Michel Temer, qui a succédé à Lula puis Dilma Roussef sa protégée, et qui refait prendre à son pays le chemin de la rigueur et de l’austérité, ce n’est pas anodin.


« Je ne suis pas libre tant qu’une autre femme est prisonnière, même si ses chaînes sont différentes des miennes ».

 Ce sont sur ces mots, en anglais dans le texte et empruntés à l’écrivaine noire américaine Audre Lorde, que Marielle Franco conclut une table ronde pour la promotion des femmes noires le 14 mars 2018. 5 détonations retentissent quelques minutes plus tard dans la nuit de Rio. 5 détonations pour faire taire Marielle, 5 détonations pour faire taire les femmes, les faveladas, les homosexuelles, les opprimés. 5 détonations pour faire taire toutes ces voix, 5 détonations pour que ceux qui voudraient élever la leur étouffent leur mots dans leur misère. 5 détonations perdues dans la nuit de Rio.


Ces voix ne s’étoufferont pas, vous les entendez là accompagner le cercueil de Marielle dans les rues bondées de Rio. Et sa voix résonne depuis dans celle de sa sœur Annielle Franco, dans celle de Tarcissio Motta, ou encore de Jurema Werneck qui élèvent les leur pour continuer ces combats. Mais qui a voulu réduire Marielle au silence ?


Des liens avec des agents d’états et des politiques d’extrême droite sont établis selon le ministre de la sécurité publique. Mais l’enquête patine. Et pour cause, depuis 2018 Jair Bolsonaro est président du pays, porté à ce poste par le parti social libéral, parti… d’extrême droite revendiquant une nostalgie du régime militaire de 1964. La boucle politique du pays est bouclée, la vie de Marielle aura couvert un cycle certes, mais un cycle dont les avancées sont ancrées, qui aura vu jaillir des luttes qui ne s’arrêteront pas, qui aura entendu s’élever des voix qui ne se tairont pas. Marielle aimait le répéter : « Ils croyaient nous enterrer mais nous étions les graines ».

Sources et morceaux : 

  • Canto de Ossanha – Vinicius de Moraes et Baden Powell

  • Canto de Xângo - Vinicius de Moraes et Baden Powell

  • Triste, Louca ou Mà – francisco, el hombre

 

EPISODE #5
LA CAUSE LGBTI

La semaine dernière, pour clore notre cycle sur les leaders sociaux, leurs luttes, leurs espoirs et leurs fins parfois tragiques, nous vous parlions de Marielle Franco. Marielle a été assassinée en mars 2018, elle était élue au poste de conseillère municipale de Rio, vivait dans une favela, elle était noire et elle était lesbienne. L’un de ses combats portait donc naturellement sur la défense de la communauté LGBT au Brésil. Élargissons donc la focale et partons à travers l’Amérique du Sud, traversons ses différents pays pour faire un état des lieux de la situation. Une situation tantôt inquiétante, préoccupante et tantôt encourageante. 


Une étude faite par la Commission interaméricaine des droits de l’homme montre que la violence contre les personnes LGBT est de plus en plus extrême; certaines sont torturées et violées avant d’être assassinées et les crimes contre cette population ne sont jamais dénoncés par peur des représailles et du scepticisme du système judiciaire. 

De nos jours, 14 pays d’Amérique latine ont approuvé certaines lois qui prohibent la discrimination dans les lieux de travail. Le mariage de couples du même sexe et l’adoption sont devenus légaux en Argentine, au Brésil, en Uruguay, en Colombie et dans quelques états mexicains. Le président Enrique Peña a signé un accord proposé en 2016 pour légaliser le droit d’adoption, cependant, la commission parlementaire a voté son annulation. Le Chile et l’Equateur permettent les unions civiles entre personnes de même sexe. La Bolivie, de son côté, permet aux personnes transgenres et transsexuelles de changer leurs cartes d’identité. Néanmoins, il reste encore du travail à faire pour accepter le mariage de couples du même sexe, ce qui est également le cas au Paraguay. Le Vénézuela se trouve en dernière place en Amérique Latine et en terme d’avancée, à cause de l’absence de droits pour les couples du même sexe ou des groupes LGBT.


Malgré le fait que l’Argentine reste un pays catholique, elle a su développer un système politique sans la participation de l’église. En 2010, elle est devenue le premier pays de l’Amérique Latine à légaliser le mariage de couples du même sexe et le dixième dans le monde entier, depuis cette année-là, 15.000 couples se sont mariés.


En ce qui concerne l’Amérique centrale, le Guatemala, le Nicaragua, le Salvador et le Honduras ont le score le plus bas sur l’indice de développement et l’acceptation du mariage des couples du même sexe. À Cuba, la cause du mariage homosexuel a finalement été reprise par la fille de Fidel Castro, Mariela Castro, et devrait être incluse dans un processus de réforme constitutionnelle plus vaste prévu pour cet été.


En 2015, une étude faite par la Commission Inter-américaine de droits humain a montré près de 600 assassinats dans toute l’Amérique latine de janvier 2013 à Mars 2014. L’année dernière, il y a eu au moins 38 meurtres contre des salvadoriens LGBT, 1.700 personnes transgenres ont été tuées depuis 2008 en Amérique Centrale et Amérique du Sud. 


“Si vous voulez un couple stable, bien sûr que vous le pouvez, si vous voulez une famille, bien sûr que vous le pouvez, ne vous laissez pas piéger par ce qu'ils vous disent, croyez en vous, vous le pouvez.

Mais que reste-t-il encore à faire? Eh bien, beaucoup de choses restent à faire, comme une réforme dans l'État de Guanajuato, afin que les mariages soient directement inscrits au registre civil.”


Quatre personnes LGBT sont assassinées chaque jour en Amérique latine et dans les Caraïbes, selon un rapport de 2019 du Réseau régional d'information sur la violence contre les personnes LGBTI. Au moins 1 300 personnes LGBT ont été assassinées dans neuf pays de la région au cours des cinq dernières années, avec la Colombie, le Mexique et le Honduras.


En Équateur, en 2019, 16 personnes LGBT ont été assassinées ou ont subi des morts violentes, selon un rapport publié par l'association équatorienne Silueta X de défense des droits LGBT.

Au Pérou, 249 personnes LGBT auraient été assassinées entre 2006 et 2010. 

Le Salvador, où il n'y a aucune entité responsable de la mise en œuvre des politiques pour la population LGBT suite au récent changement de gouvernement. La plupart des personnes tuées sont des jeunes âgés de 18 à 25 ans.

Entre janvier 2014 et juin 2019, 542 personnes de la communauté LGBTI ont été tuées en Colombie.


La liste est complétée par Le Salvador (53), la République dominicaine (28), le Guatemala (26), le Paraguay (12) et la Bolivie (8).


Un triste exemple est le cas de Luis Alberto Rojas, un jeune homme péruvien de 26 ans, qui a été arrêté par des policiers alors qu'il rentrait chez lui peu après minuit. Pendant les six heures de sa garde à vue, dit-il, il a été déshabillé, violé avec une canne et agressé verbalement par des policiers avant d'être libéré.

Un deuxième cas, Sebastián Urrutia, un homosexuel, qui a été attaqué en 2012 par un groupe d'hommes alors qu'il quittait une fête dans un quartier gay de Santiago. Sebastian dit qu'il y avait des témoins là-bas alors qu'il était sauvagement battu dans la rue. Il dit que personne n'a été poursuivi pour les événements de cette nuit.


Nous voulons leur rendre un hommage à eux et à toutes ces personnes qui malheureusement ne sont plus de ce monde à cause du manque de compréhension et de l’intolérance.


Malgré ce triste aperçu, il existe encore des groupes engagés dans la défense des droits de personnes LGBT. Les activistes affirment qu’ils continuent également à lutter contre une culture de «machisme» et de sexisme. Les garçons et les hommes sont poussés à être virils et ont une fierté masculine exagérée. Les femmes sont poussées à se soumettre à leurs maris et à agir de manière très féminine.


Ces groupes d'activistes aimeraient voir davantage de reconnaissance des couples de même sexe, ainsi que la légalisation du mariage. Ils aimeraient également voir moins d'impunité pour les crimes contre les personnes LGBT et un accès plus large aux soins de santé.


Voici quelques activistes qui ont réussi à avoir un rôle très important dans notre société:


- Tamara Adrián : Première députée vénézuélienne transgenre qui promeut et encourage la création de politiques publiques pour éradiquer les espaces qui violent les droits de la communauté LGBT dans son pays; diriger des processus en Amérique latine, tels que la promotion de la législation sur l'identité de genre dans la région.

- Carlos Jáuregui: Fondateur Argentin qui travaille avec l’Organisation Gays pour les droits civils, il  a réussi à diriger la première marche de la fierté gay-lesbienne en Argentine.

- Diane Rodríguez: Cette députée équatorienne, devenue précurseur dans son pays de la légalisation et de la reconnaissance des unions entre couples de même sexe, elle a également réussi à mener en Équateur plusieurs procédures judiciaires liées au changement de nom et à la reconnaissance des personnes transgenres.

- Manuel Canelas: Il est un journaliste bolivien homosexuel qui lutte pour les droits de la communauté LGBT dans son pays. Il a été élu député en 2014 devenant ainsi le premier député homosexuel du pays.  

Sources et morceaux : 

  • El Comienzo

  • Entrevista Marcha 2017

  • Para terminar

 

ASSOCIATION UNIDOS
loi 1901, reconnue d'intérêt général

06 43 78 30 32

©2019 by Unidos. Proudly created with Wix.com